Le polo

Cette discipline remonte avant l'ère chrétienne. Le mot polo viendrait du mot tibétain "pulu", qui désigne une sorte de balle recouverte de peau de yack. Mais les tibétains qui poursuivaient à cheval et à coups de maillet le rat musqué avaient remarqué que ses glandes sécrétaient le musc en grande quantité lorsqu'il était soumis à un effort intense. En l'occurrence, faut-il parler de jeu ou d'une sorte de chasse assimilable au "pig sticking" (chasse au cochon sauvage à l'épieu) des Anglais ?

D'après les Anglais, auxquels on laissera la responsabilité de tant de précision, la première partie dont il soit fait mention se serait disputée en Perse en 525 av JC. Les contes des mille et une nuit en parlent, et, bien plus tard, Ferdousi, le plus grand poète persan, dans son livre des rois, véritable histoire de la perse et de ses us et coutumes, ne manque pas d'en faire mention.

Il semble que les croisés aient importé en Europe un jeu de mail, connu sous le nom de "chicane", du persan tschaugan, maillet, jeu fidèle à son étymologie, car les parties, jouées avec acharnement par un nombre variable, mais important de cavaliers, ne manquaient pas de dégénérer, plus souvent qu'a leur tour, en exploits individuels ou en batailles rangées.

Il faudra attendre le milieu du XIX è siècle pour qu'apparaissent les premiers signes d'esprit sportif et la pénalisation du jeu.

Dans l'Etat de Manipur, a la frontière de la Birmanie, les planteurs anglais de thé découvrent le polo, pratiqué avec passion par les autochtones, et partagent rapidement leur enthousiasme pour ce jeu.

De Manipur, celui-ci se communique aux régiments anglais de l'Inde. Et en 1869, se déroule à Hounslow, dans le Middlesex, la première partie de polo disputée en Europe. Les équipes en présence sont le 10 è hussards, qui revendique l'honneur de l'avoir importé en Angleterre, et le 9 è lanciers, régiment revenu d'Inde également.

La Hurlingham Polo Association va progressivement codifier le jeu.

Le succès est immédiat. Le polo se répand en Angleterre, en Amérique du Nord et du Sud, et dans le monde entier.

En France, les Anglais font connaître le jeu dès 1875, et le premier club de polo fondé en France est celui de Bagatelle, en 1988. Celui-ci est actuellement présidé par le baron J de Nervo, qui est en même temps président des polos de France.

Le poney de polo

En Inde, les poneys étaient élevés et dressés pour le jeu, et leur taille se trouvait limitée, les petits chevaux étant plus maniables et plus facile a faire tourner.

Avec l'introduction du polo en Angleterre, et sous la réglementation de la Hurlingham Polo Association, les chevaux de petite taille furent peu à peu relevés et, maintenant, il n'y a plus de taille limite. Théoriquement, et le terme ayant été gardé, il pourrait donc y avoir des poneys de polo de grande taille, mais celle-ci ne dépasse pas 1,60 m.

Pour le poney de polo le critère de qualité dominant est le tempérament. En Grande Bretagne, ce n'est pas la race d'un cheval qui le différencie, mais son utilisation.

Mais tous les connaisseurs objectifs pensent que le poney argentin est le meilleur. Le cheval argentin, est par hérédité habitué à garder et à poursuivre le bétail, donc à démarrer, tourner court, s'arrêter, repartir et poursuivre un animal déterminer dans un troupeau. Tout bon poney de polo à besoin d'une grande rapidité de démarrage, plus que de la vitesse. Il faut aussi qu'il tourne, change de pied sur simple déplacement de l'assiette, s'arrête, repart facilement, qu'il soit donc bien équilibré. Pour être involontaire, les coups reçus ne sont pas rares dans le feu de l'action, mais s'il doit posséder du courage et du tempérament, il faut néanmoins qu'il reste calme et obéissant, sous peine de compromettre l'entente absolue indispensable au tendem.

Une période de polo, ne dure que 7'30" de jeu effectif. Après quoi on change de cheval, mais l'effort fourni est tellement violent qu'un cheval entraîné insuffisamment peut être fourbu dans ce court laps de temps. La morphologie type du poney de polo se rapproche des caractéristiques suivantes : près de terre, avec une bonne obliquité de l'épaule, encolure flexible et plutôt longue, bouche légère, bon dessus, rein court, membres et jarrets forts. Les chevaux vicieux ou borgnes sont éliminés.

Le cavalier, l'esprit du jeu, l'entraînement

Pour obtenir à cheval, et dans une partie menée à plein galop, la cohésion, la souplesse, l'indépendance d'esprit, qui permettent au joueur de se consacrer entièrement au jeu, en dirigeant son cheval uniquement par réflexes, une solide pratique de l'équitation est évidemment indispensable.

Reste le jeu lui même, qui requiert de l'adresse, du coup d'oeil et de la force pour frapper en l'espace d'une fraction de seconde la balle sous tous les angles possible, et autorisés, et cela malgré l'opposition d'un adversaire qui vous gêne, vous marque de l'épaule avec la complicité active de son poney, et tente d'accrocher le maillet prêt à frapper.

Le joueur ne s'en sortira que grâce à une totale indépendance des aides, avec une extrême souplesse du buste, pliant et pivotant sous tous les angles autour de l'axe de l'assiette.

A l'entraînement, et d'abord sur un cheval de bois, le cavalier s'exerce à exécuter correctement tous les coups de maillet. Puis il tape des balles à cheval, aux allures lentes, plus vives ensuite, en visant un point déterminé, en surveillant sa façon de monter et en laissant de préférence ses étriers à la sellerie. Son objectif est de parvenir à une décontraction totale et à l'automatisme des gestes qu'il accomplira d'une manière totalement instinctive pendant la partie.

Le polo est un jeu d'équipe, ou l'important  n'est pas de réussir individuellement. Il est trop rapide, trop imprévisible pour comporter une tactique de jeu préétablie, mais les combinaisons entre joueurs interchangeables, parfaitement habitués les uns aux autres, et possédant le sens de la place, l'intuition du coup à jouer, ou à empêcher de jouer, la virtuosité d'exécution y suppléent, et rendent ce jeu extraordinairement spectaculaire quand il est joué par quatre hommes et quatre chevaux formant en quelque sorte un seul et même corps.

Il y a des écoles de dressage pour poneys de polo, mais le cavalier à intérêt, s'il en est capable, à y procéder lui-même, afin de mieux connaître les qualités et les défauts de sa monture, et d'être toujours prêt à remédier à ceux-ci au cours d'une partie.

Tendre à la synthèse de l'équitation et du jeu, tel est le but de l'entraînement donné au cheval. On l'habitue au maillet, à suivre la balle, à marquer un adversaire, en même temps qu'au arrêts immédiats suivis de démarrages instantanés, où il paraît littéralement "jaillir au jambe". Il est entraîné aux voltes sur place, au reculer, et aux départs au galop depuis le reculer, aux changements de pied, le tout suivant un rythme de plus en plus rapide.

Puis à l'entraînement individuel font place l'entraînement collectif et l'étude de combinaison de jeu entre partenaires. Le harnachement du poney comprend : une martinguale fixe, pour éviter les coups de tête dans les arrêts brusques et faciliter ceux-ci, des guêtres, un fourreau de queue protecteur, des fers antidérapants sans crampons, etc.

Le jeu et ses règles

Le jeu de polo à été réglementé par la Hurlingham Polo Association anglaise, dont les dispositions sont, applicables sur le continent. Souvent modifiées dans le temps, elles ne sont pas absolument uniformes, Argentins et Américains du nord jouant suivant leurs règlementations propres. En outre, joueurs et arbitres peuvent s'entendre avant la partie sur certaines modalités, mais pour l'essentiel, elles sont les mêmes, et dans leur esprit, les dispositions ont toutes pour but de sanctionner et d'interdire le jeu brutal et dangereux.

Le polo se joue sur un terrain faisant en principe 275 m x 140 m maximum, et pendant une heure au maximum de jeu effectif, divisé en huit périodes de 7'30" chacune, mais les parties de six périodes sont fréquentes.

A coups de maillet, chaque équipe s'éfforce de faire passer la balle entre les poteaux de buts adverses (écartement : 7,45 m; hauteur 3,10 m).

Chaque équipe est composée de quatre joueurs : deux avants, un demi et un arrière. Il n'y a pas de gardien au buts. En principe chaque joueur marque son opposant et à un rôle défini d'attaquant, de distributeur de jeu ou de défenseur, mais comme le hors jeu n'existe pas, les joueur peuvent permuter sur le terrain et sont, en fait, interchangeables.

L'équipement des joueurs est composé : d'un casque, dont le port est obligatoire, des genouillères de cuir, des bottes de cuir, une culotte blanche et un maillot aux couleurs de l'équipe. Les éperons pointus, boucles ou agrafes, dangereux pour l'adversaire, sa monture ou son équipement, sont interdits.

Le maillet souple ou raide, à un manche de 1,30 m environ. La tête est en racine de bambou. La balle de bois ne doit pas excéder 8,5 cm de diamètre et son poids est compris entre 121 et 135 g. La balle utilisée à l'entraînement est en caoutchouc.

La partie est arbitrée, en principe, par deux arbitres, eux mêmes montés sur cheval.

Il y a en outre, deux juges de buts et un chronométreur, qui déduit les arrêts de jeu de la durée d'une période. A la fin de chaque période, signalée par un coup de cloche, les cavaliers bénéficient d'un court arrêt pour changer de cheval.

Les règles veulent que le cavalier frappe toujours la balle de la main droite. Ce qui amène un gaucher, à se transformer en droitier pendant la partie. Les coups sont portés sous tous les angles : en avant, en arrière, perpendiculairement à l'axe du cheval, en oblique vers l'avant ou vers l'arrière. A condition de ne pas présenter de danger pour l'adversaire et sa monture, d'autres coups sont autorisés, mais il est interdit de se servir du maillet "sous et à travers, sur et à travers une partie du corps de la monture d'un autre joueur pour essayer de taper la balle, ni taper dans les jambes du poney de l'adversaire". Le joueur doit en outre prendre garde de ne pas se servir de son maillet d'une façon dangereuse, ou le tenir de façon à gêner son adversaire ou son poney. Par contre et si il est du même côté de la balle ou derrière un opposant sur le point de frapper la balle, il est permis d'accrocher le maillet de l'adversaire.

Le polo dans le monde

Quant au nombre et à la qualité de la cavalerie et des joueurs, Argentins et Américains du nord se placent indiscutablement en tête, mais les Indiens sont toujours redoutables, et parfois invincibles chez eux. Le polo est en Argentine le sport national. Aux jeux olympiques de Paris, en 1924, et de Berlin, en 1936, les Argentins l'emportèrent facilement. Rien qu'a Buenos Aires, il y a plusieurs club de polo, ayant chacun plusieurs terrains, et les parties sont suivies par un public enthousiaste et considérablement plus nombreux et populaire qu'en Europe. La province est également brillamment représentée.

Une situations également florissante existe pour ce jeu  aux Etats-Unis et en Australie, pays possédant aussi une excellente cavalerie.

Pour leur part les anglais ont une vingtaine de clubs et environ 350 joueurs. On trouve en Angleterre, des clubs privés, par exemple près de Londres, fondé par Lord Cowdray, grand blessé de guerre et qui joue au polo avec un seul bras. De nombreux indiens et australiens jouent dans les équipes anglaises.

En France avant 1939 le polo était très en faveur dans la cavalerie française et plus particulièrement dans les régiments de chasseurs et de hussards. Il y avait avant la guerre plus d'une vingtaine d'équipes régimentaires, qui disputaient annuellement le championnat de France militaire, dont la finale était jouée à Vittel. Les civils y fréquentent l'été encore aujourd'hui ainsi qu'a Cannes, Biarritz et Deauville, qui est le véritable haut lieu international de ce sport.

Chaque année au mois d'août, on y dispute de nombreuses coupes. La saison international du polo à Deauville constitue un véritable championnat du monde des équipes. Tous les ans, une brillante participation étrangère se rend à Deauville. Le Baron Elie de Rothschild anime un club privé du nom d'une ancienne propriété de famille, où se produisent d'excellents joueurs étrangers, sud-américains en majorité.

En dehors des pays précipités, le Mexique et le Chili semblent se classer à un niveau comparable à celui des Anglais. Sur le continent avec les français, les espagnols sont vraisemblablement les plus forts. L'Egypte continu de pratiquer le polo, mis à la mode jadis par les anglais, malte et l'italie. Dans bien d'autre pays du monde, enfin, on joue au polo avec des fortunes diverses, mais l'écart est très grand entre ses quatre pays de tête et leurs suivants. Le recrutement en hommes et en chevaux y est incomparablement plus vaste.