Chevaux de conquérants

Le cheval existait-il au nouveau monde ?

Christophe Colomb au cours de son quatrième voyage écrivait au roi : "on ou a dit que ceux des rivages de Veragua avaient des chevaux qu'ils utilisaient au combat". Il ne se doutait pas que cela pourrait être vrai.

Une maigre cavalerie

Pourvoir leurs troupes en chevaux à été l'un des grands soucis de Colomb et de ceux qui suivirent ses traces. Cela pour des raisons de commodités mais aussi parce qu'ils inspiraient une véritable terreur aux indigènes. Et dans les coquilles de noix instables qu'étaient les caravelles, le voyage n'était pas confortable pour les quadrupèdes. Suspendu dans une sorte de de hamac qui leur passait sous le poitrail, seuls les postérieurs touchaient le sol tandis que les antérieurs étaient entravés. Par beau temps, on les faisait marchait sur le pont. Par calme plat prolongé, on les jetait à la mer car il n'y avait plus de fourrage, ou on les mangeait. Il arrivait qu'au cours d'un voyage les pertes excèdent 50 %.

Malgré les voyages hasardeux et bien que les chevaux disponibles aient été rares à cette époque dans la péninsule ibérique, on s'efforça de faire parvenir dans les premières îles conquises un embryon de cavalerie. Un décret royal ordonne le 23 mai 1493 que des vaisseaux soient mis à la disposition de l'Amiral Christophe Colomb et précise : " parmi les autres personnes auxquelles nous commandons de partir sur ces vaisseaux seront envoyés vingt lanciers avec leur chevaux, et cinq d'entre eux devront prendre deux chevaux, ces chevaux étant des juments." Cette précision s'explique par le fait qu'a cette époque on ne montait que des chevaux entiers et que, pour créer un cheptel, des juments étaient indispensables. Quinze chevaux... dix juments...Ces chiffres laissent rêveur lorsque l'on sait avec qu'elle rapidité les équidés se sont multipliés par la suite sur l'un et l'autre des continents américains.

Panfilo de Navarez, commandant un groupe d'archers au cours de la conquête de Cuba n'avait pour toute cavalerie que sa jument. Alors que la troupe arrivait dans un village rapporte Antonio de Henera : "les indigènes le long  du chemin vinrent saluer les soldats, ils étaient intrigués par le cheval car ils n'en avaient jamais vu auparavant. L'astucieuse petite jument, se sentant admirée, devint cabotine, encensant avec style". Les cas de chevaux cabots ne sont pas rares, mais ils sont rarement reconnus comme tels... Cabotione mais effrayante aussi la jument qui la même nuit, à elle seule, mis en fuite 700 indiens. Surpris par l'attaque son maître la chevauchait en tenue d'Adam!

Les chevaux objets de panique

Au début de la conquête, les indiens étaient pris de panique à la vue des chevaux. Selon Cortès, les indiens pensent que les chevaux sont ceux qui leur font la guerre. Ces rumeurs au sujet "des étranges créatures" soudain apparues dans leur monde. Ils prétendaient que les Espagnols mettaient des brides aux chevaux pour les empêcher de dévorer les humains, qu'ils mangeaient des mors de métal et que, plus rapides que le daim, rien ne pouvait leur échapper. Bons cavaliers et connaissant parfaitement la psychologie des équidés, les Espagnols tirèrent parti avec astuce de cette crédulité. Ils firent précéder toute discussion ou négociation avec les indigènes par une parade de cavalerie, agrémentant parfois le spectacle de ce qu'on appellerait aujourd'hui une reprise de dressage. La crainte des indiens à l'égard du cheval était leur meilleur arme, arrivé a Mexico, Cortès se mettait en selle pour rendre visite à l'empereur Moctezuma à peu près... de l'autre côté de la rue!

Un jour, quarante Caciques venus parlementer virent avec effroi un étalon tenu en main diriger son regard vers eux en roulant des yeux furieux et en frappant le sol des antérieurs. Le dieu (beaucoup considérant le cheval comme tel) était en colère! Le dieu leur en voulait! En fait le dieu en voulait si l'on peut dire à la jument en chaleur que le rusé Cortès avait fait dissimuler derrière eux.

Un moyen de locomotion et de survie

Pour les Espagnols, perdus dans un monde hostile, le cheval n'était pas seulement un moyen d'impressionner l'adversaire et de le faire fuir durant la bataille. C'était aussi un moyen de locomotion. Hermando des Soto, perdu dans les marais de Floride, environné d'Indiens hostiles, chargea deux de ses cavaliers, Gonzalo Sylvestre et Juan Lopez, d'aller chercher du secours. Sylvestre montait Peceno. Selon les dires de Soto, "le meilleur cheval de l'armée". Il allait le prouver, au début les deux jeunes gens guidèrent leur montures puis, perdus dans un imbroglio de ruisseaux, de terres basses, de marais, ils ne durent leur salut qu'a l'instinct de leurs chevaux. Leur laissant la bride sur le cou, ils leur confièrent, Peceno en tête, le soin de retrouver la route. Durant deux jours et deux nuits, ils allèrent de l'avant et, épuisés, arrivèrent à bon port. Quelle automobile pourrait en faire autant.

Moyen de locomotion intelligent mais aussi résistant. Durant la "guerre" au Pérou entre Pizarro et le vice roi Blasco Nunez Vela, le vice roi poursuivit le conquérant, les deux parties étaient a cheval, sur la distance incroyable de quatre mille cinq cents kilomètre. Là aussi sur des terrains où l'autaumobile ne passerait pas.

Pour les conquistadors, le cheval étaient parfois un moyen de survie. Peu ragoutant l'homme-vampire!. C'est pourtant  ce qu'au pérou sont devenus les soldats de Pedra Anzurez qui, en suçant le sang de leur chevaux, se nourrissaient et se désaltairaient à la fois. Lorsqu'un cheval devenait trop faible, on le mangeait.

Morzillo du cheval à l'idole

La crédulité des indiens ne dura qu'un temps. Une jument échappée galopa un beau jour vers le camp aztèque. Accueillie à coups de flèches, elle fit demi-tour et regagna le retranchement des troupes de Cortès. Elle mourut dans la nuit. L'alerte avait été chaude! Les indiens avaient failli apprendre que le cheval était mortel, qu'il n'était pas un dieu. Ils l'apprirent quelques temps plus tard  en décapitant un accidentellement. Et ils devinrent à leur tour cavaliers, hommes de cheval.

Le cheval dieu une croyance absurde, une superstition oubliée? Voici l'histoire de Morzillo, le cheval de Cortès qui fut dieu un siècle durant, et l'est encore quelque peu. En 1524, Cortès, traversant le Honduras, arriva en vue d'une vallée verdoyante au fond de laquelle s'étendait un lac. Au milieu du lac, sur une île se dressait la ville de Tayasal habitée par la tribu Maya des Peten Itzas. Ces indiens avaient fait du daim leur dieu, et cet avec effroi qu'ils virent les Espagnols sur leurs chevaux, des animaux jamais vus, chasser leur animal dieu et le tuer dans un bruit de tonnerre. Impressionnés et tremblants, ils invitèrent Cortès à visiter leur cité où celui-ci se rendit accompagné de 20 hommes montant Morzillo. Une fois de plus, la présence du cheval était pour lui un gage de sécurité. Lorsque la nuit venant il decida de regarder son camp, Morzillo, boiteux, une écharde dans le pied, ne pouvait faire un pas. Malgré son attachement pour sa monture à laquelle il devait tant, le conquérant dut la laisser là où, écrit-il, "le chef promet de le soigner, mais je ne sais pas s'il réussira". Qu'advint-il de Morzillo? Comment les indiens soignèrent-ils un cheval sans en avoir jamais vu? Nul ne le savait vraiment. Mais un siècle plus tard, 2 prêtres, les premiers européens à atteindre Tayasal après Cortès, découvrirent avec stupeur dans le plus grand temple de la cité la statue d'un cheval assis, qui ne pouvait être que celle de Morzillo. Des décades durant Itzas avaient adoré le cheval. Inutile de dire qu'avec leur tolérance habituelle les missionnaires s'emprèssent de détruire l'idole "qui n'est autre que l'image d'une bête non pesante". Ils eurent la chance d'éviter la colère des indiens, de s'en tirer et de raconter leur exploit.

Aujourd'hui encore, les habitants de Remedios, bâti à l'emplacement de Tayasal, raconte que, par les nuits sans lune, Tzimincher, reçoit l'hommage des indiens et attend le retour de son maître. Morzillo à rejoint ses frères qui hantent le ciel des hommes de cheval dans un éternel galop. Parmi eux sont peut être certains des vôtres, certains des miens. Des élus du dieu des chevaux.