Ecole de cavalerie Polonaise

L'école de cavalerie polonaise, comme celle de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie, n'a commencé de vivre qu'au lendemain de la Première Guerre Mondiale, quand la Pologne fut reconstituée après être restée 125 ans démembrée entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, mise à part l'éphémère grand-duché de Varsovie (1807-1813), création napoléonienne qui périt avec la fortune de son protecteur.

La Pologne a de longues et glorieuses traditions cavalières. Ses cuirassiers, dragons et hussards constituaient la force de frappe de l'armée de Jean III Sobieski (1674-1696) quand il força les turcs à lever le siège de Vienne (1683).

Après les désastres du XVIII ème siècle et les partages de 1772, 1793 et 1795 qui effacèrent la Pologne de la carte, les patriotes polonais, en majorité anciens soldats de Kosciuszko, émigrèrent et formèrent les célèbres légions polonaises qui, de 1795 à 1805, combattirent dans les armées de la 1 ère République, puis de Napoléon, sous les ordres de Dombrovski, l'un des meilleur lieutenants de Kosciuszko.

En 1807, à la paix de Tilsit, Napoléon créa le grand-duche de Varsovie avec les provinces que la Prusse s'était adjugées en 1793 et 1795. L'empereur y ajouta, en 1809, le territoire annexé par l'Autriche en 1795. Il confia l'ensemble au roi de Saxe Frédéric-Auguste I, dont le Grand-père Auguste III avait été roi de Pologne (1733-1763).

Une armée polonaise fut reconstituée sur le territoire national, avec une cavalerie dont certains régiments, les fameux lanciers polonais, se couvrirent de gloire sous les aigles, notamment à Sommosierra (30.11.1808). En 1812, 74700 Polonais, dont 2850 cavaliers, servaient dans la Grande Armée. Le grand-duché avait levé près de 100000 hommes.

Contrairement à la plupart des autres "alliés", les Polonais suivirent fidèlement Napoléon dans ses campagnes d'Allemagne (1813) et de France (1814).

Cent lanciers Polonais, furent autorisés à suivre Napoléon à l'île d'Elbe, d'où ils revinrent avec lui en 1815.

Puis ce furent cents ans de dépendance tolérable chez les Autrichiens, inconstante chez les Prussiens, implacable chez les Russes avec les soulèvements de 1830 et de 1863, et la russification à outrance jusqu'en 1908.

Le 11 novembre 1918, les Polonais désarment les troupes allemandes à Varsovie, où Pisuldski prend le commandement. Le 27 décembre, la Posnanie chasse à son tour les Allemands, ce que sanctionne l'armistice de Trèves (16.2.1919) sous le contrôle du maréchal Foch. Paderewski, premier ministre depuis janvier, célèbre, le 19 octobre 1919, l'unification de la nouvelle armée polonaise coiffée de la schapska et vêtue de bleu-horizon : 600000 hommes, 21 divisions d'infanterie, 7 brigades de cavalerie.

Cette jeune cavalerie polonaise joua presque immédiatement un rôle considérable au cours de la campagne de 1920 contre la cavalerie bolchévique de Boudienny en Ukraine, puis contre Toukatchevsky jusqu'aux abords de Varsovie. En août, l'envoi du général Weygand et de plusieurs centaines d'officiers français avec de l'artillerie lourde, retourne la situation. Le traité de Riga (18.3.1921) reconnut à la Pologne une frontière orientale avantageuse, qui ne changea pas jusqu'en 1939.

Dévastée dans son ancienne partie Russe, la Pologne put alors se doter d'écoles militaires. Alliée à la France, à la Roumanie, aux Etats baltes, elle articula ses forces armées face à deux de ses anciens équarisseurs : la Russie et l'Allemagne.

L'école de cavalerie fut créée en 1922, sur un modèle inspiré de Pignerol et de Saumur, mais où intervinrent des influences autrichiennes. Contrairement aux deux autres co-partageants, la double monarchie, dont la cavalerie était une des premières d'Europe, avait ouvert les grades moyens et supérieurs de ses armées aux Tchèques et aux Polonais. De très nombreux officiers de la nouvelle cavalerie polonaise provenaient de l'ancienne cavalerie impériale et royale, où ils avaient reçu la formation militaire sous des maîtres tels que V.Holbeinsberg et v.Josipovich. Les meilleurs avaient parachevé leur formation équestre supérieur à l'Ecole Espagnole.

L'école fut installée à Grudziadz, vieille forteresse construite par les chevaliers Teutoniques au XIII ème siècle. Devenu polonaise en 1466, elle fit partie en 1772 du lot de la Prusse, qui la transforma en une puissante place-forte à nombreux bâtiments militaires. Rendue à la Pologne par le traité de Versaille (28.6.1919), elle fait de nouveau partie de la Pologne restaurée en 1945.

Malgré les séquelles de la Grande Guerre, le recrutement et la remonte de la cavalerie polonaise furent assez faciles, tant la noblesse et le peuple avaient depuis des siècles, la tripe cavalière. Civils et militaires, les cavaliers polonais collectionnèrent, entre les deux guerres mondiales, des victoires spectaculaires dans les grandes rencontres internationales, en Europe comme en Amérique. Rien que dans les olympiades, il suffit pour en juger, de la sèche copie du palmarès : Paris 1924, lieutenant Adam, médaille de bronze individuelle en sauts d'obstacle. Amsterdam 1928, médaille de bronze par équipe en CCE, médaille d'argent par équipes en saut d'obstacle. Berlin 1936, médaille d'argent par équipes en CCE.

Les jeux olympiques de Berlin furent les derniers avant le cataclysme. La Wehrmatch entra en Pologne le 1 er septembre 1939. Le 28 les restes de l'armée polonaise capitulaient à Modlin. Le 17, les troupes soviétiques avaient envahi par derrière le malheureux pays. Le 8 décembre, l'URSS et l'Allemagne signaient le 4 è partage de la pologne.

La cavalerie polonaise, fidèle à sa tradition, avait héroïquement combattu, se sacrifiant face aux blindés "tant qu'il en resta un"

Six millions de polonais périrent au cours du sanglant quadrille germano-soviétique. Les dévastations furent épouvantables. Des milliers d'officiers prisonniers de guerre furent assassinés. La remonte fut décimée. Elle mit dix ans à se reconstituer.

L'armée polonaise, motorisée à 100 %, n'a plus de cavalerie à cheval. L'école de Gudziadz n'existe plus.