Interview de Monsieur Fernand Leredde

C'est à l'occasion de la semaine de l'élevage à Fontainebleau que Monsieur Leredde, grand éleveur européen, nous a convié chez lui, à ST Ebremond-de-Bonfossé (St Lô - Normandie) pour une interview exclusive.

CW : Comment est né l'élevage de chevaux de sport en Normandie ?

FL  : L'élevage du cheval de sport renaît de la dernière guerre. Tout de suite après la première guerre, c'est un officier des haras monsieur Laurent de Saint Martin qui a eu l'idée de faire les S.H.R. (société hippique rurale) pour réintégrer le cheval de sang, ce n'était même pas le cheval de sport à l'époque, c'était le cheval de sang dans nos campagne. Et à partir de là, on peut dire que les haras, qui sont quelques fois critiqués, ont quand même tout de suite après la guerre en 55 ; 55, 65, 75 jusqu'en 85 les haras ont fait un énorme travail pour réhabiliter l'élevage, non seulement le réhabiliter mais le faire évoluer : ils ont fait beaucoup de choses et au bout d'une quinzaine d'années on a vu qu'il y avait des besoins dans les villes, à partir de là sont venues se greffer les sociétés hippiques urbaines (c'était un tout petit peu plus tard.) et la machine s'est mise en route.

Nous, éleveurs qui avions des juments, qui avions envie d'élever des chevaux, il nous fallait avant tout des débouchés : Les débouchés pouvaient être les personnes qui montait dans les sociétés hippique urbaine ainsi que toutes les personnes qui voulaient toucher à l'équitation dans les différentes disciplines. Moi personnellement, j'ai d'abord appris mon métier de cavalier un peu comme un cow-boy car au départ, il n'y avait pas d'instructeur donc on faisait des rallyes, des courses, du complet, j'ai touché un peu à tout et on a appris sur le tas. On a certainement appris plus vite que maintenant car actuellement, il faut passer des examens, des galops avant d'avoir accès, avant on avait accès à tout, c'est la grosse différence et c'est ce que je reproche au système actuel qui décourage certains jeunes qui ont grattés dans un manège poussiéreux pendant 5-6 ans sous prétexte que ça arrange bien tout le monde et on tire un peu d'argent là-dessus. Si on veut faire de l'équitation d'extérieure, on les emmène en ballade, je me souviens que pendant très longtemps, il n'y avait pas de manège dans le coin car les manèges sont apparus il y a une quinzaine d'années mais avant on travaillait avec une bonne veste sur le dos et quand il pleuvait trop, on en prenait une deuxième, on avait pas de parapluie et on montait par tous les temps. Quand je vois maintenant les cavaliers qui crient après les terrains alors que se sont des surfaces tout à fait modernes comme Toubin & Clément, vraiment, ils n'ont pas à se plaindre ! Nous, on montait dans les champs de pomme de terre à l'époque! Alors que les chevaux actuels, dès que le chemin est un petit peu cabossé, ils ne savent plus sauter.

Je me souviens lorsque l'on participait aux chasses à courre, je partais le matin avec mon cheval à cheval, j'allait à 20 kms, je participais à la chasse et le soir je revenais avec mon cheval, et bien ce cheval là, il était en stepple, il était rustique, issu de trotteur et il n'était pas plus malade que les autres chevaux. Je crois que l'on essaie de trouver des formules qui fragilisent les chevaux actuellement. Il faut essayer de garder la rusticité.

Moi personnellement, dans les chevaux que je sélectionne, je sélectionne sur des caractères de rusticité et de qualité bien sur, mais il y a des chevaux compliqués et ça se transmet ; il faut trouver des souches qui sont moins caractérielles. A cela, on peut ajouter qu'il faut sélectionner en partant des lignées maternelles et c'est une grande particularité de l'élevage peut-être pas français mais normand. Par rapport aux pays du nord, que se soit l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, tous ces pays font référence aux lignées mâles lorsqu'ils vous parlent d'élevage. Moi quand je parle élevage, je fais toujours référence aux lignées femelles car je vois chez moi, ma réussite a tenu avec 3 bonnes juments : elle est parti de 3-4 bonnes juments. Ce sont des juments qui éprouvaient de la qualité et puis j'ai eu de la chance qu'elles aient bien produit, pas assez mais bien. C'est avec ces juments là que j'ai fait l'élevage.

La première c'est la mère de Papillon Rouge : Verboise qui est une jument dans le sang. Elle m'a fait trois filles. Les trois filles n'ont pas été très prolifiques. Et ont voit maintenant Cincaba, et Bleu Blanc Rouge, ces étalons là sont issus de cette souche. Ensuite j'ai eu la souche Quidam, Dirka qui a sortit Quidam, je l'avais acheté au Prince de Breuil à l'époque, et elle m'a fait Aiglon Rouge également. J'ai acheté également une très bonne souche qui était la propriété de Mr De Funès. Son fils était chirurgien au Maroc, je savais qu'il avait acheté de bonnes juments donc je suis allé le voir. Mr De Funès était marrant comme ça mais il l'était beaucoup moins en affaire !... Il avait beaucoup de chevaux et moi, je voulais simplement une jument. Il m'a répondu que c'était tout ou rien. J'étais venu pour acheter une jument pas pour en acheter dix alors il m'a fait une proposition de conditions. C'est alors que j'ai acquis Ouralienne et sa production et ça c'était un bon achat un de ses produit est sortit aux jeux d'Elsinki. La troisième bonne lignée que j'ai acheté, c'est celle qui m'a donné Rochet que j'ai eu chez le Baron de Pin. J'ai acheté la souche de Rocket, Flika Girl ; j'ai donc eu de la chance de trouver cette bonne jument, mais j'y avais mis de l'argent et j'ai d'ailleurs mis beaucoup d'argent dans toute les souches que j'ai acheté car que ce soit le Baron de Pin ou Louis de Funès, c'était des gens qui n'avait pas besoin d'argent et ne m'ont pas fait de cadeaux. Je n'ai pas voulu partir sans avoir de très bonnes souches et c'est donc pour cela que j'ai réussi à sortir une quantité assez homogène de bons chevaux dû aux souches maternelles très fouillées qui étaient toutes sorties de Grand Prix, coupe du monde.

Je pense que si on investit dans la lignée maternelle, dans de vraies bonnes juments on est dans le vrai. Maintenant, quelle est la vraie bonne jument, ce n'est pas automatiquement celle qui a gagné, c'est celle qui provient d'une très bonne lignée pour moi. Comme pour le choix des étalons, un cheval qui va gagner par exemple la coupe du monde, a priori, il ne m'inspire pas s'il est issu d'une mère qui n'a pas bien tourné ; c'est valable des deux côtés, quand je choisis un étalon, je m'en réfère à sa lignée maternelle. Il faut un bon géniteur et un bon géniteur apporte le gène et le gène, il l'a trouvé dans ses ascendants donc il faut regarder dans l'ascendance.

Je crois que c'est d'ailleurs le gros défaut de 85% des éleveurs : ils regardent ce qu'il voient tout de suite c'est à dire qu'ils regardent le dernier résultat de l'année et ils choisissent avec ce critère là mais ce n'est pas sans risques.

CW : Et au niveau de la morphologie ?

FL  : Sur le plan de la morphologie, maintenant je commence à m'en occuper un peu car je ne vous cacherais pas que c'est quand même un bon argument commercial, si le cheval est beau ça aide quand même, mais je préfère un cheval qui n'est pas dans l'esprit tel que les gens voient lorsqu'ils parlent de modèle, qu'un très beau modèle sans qualité. D'ailleurs aujourd'hui, c'est ce qui sépare les Allemands des français. Je pense qu'il y aura beaucoup de déconvenues avec les chevaux allemands, néanmoins, je m'en sers mais je ne me sers pas de n'importe lesquels. Je me suis aperçu qu'en Allemagne, tout l'avant va bien, ils ont tous des beaux capots, ils ont tous des belles gueules et il marche tous très bien alors dès qu'un cheval chez eux marche très fort, il se vend très cher parce que chez eux, il y a un marché du dressage et dès qu'ils voient un poulain qui sort des allures, il vaut très cher et ça a des retombées sur les chevaux de concours. Néanmoins, ils ne s'occupent pas du long terme et on s'aperçoit que si on ne leur prend pas la tête dès le début, s'ils ne reçoivent pas le dressage de base, ils ont des carrières assez courtes car ce sont des chevaux qu'il faut énormément travailler. Ce sont des biplaces souvent, avec des jarrets longs comme souvent ont les chevaux de dressage. Les Hanovriens ont beaucoup perdu de terrain depuis quelques années parce qu'ils ont trop recherché ce cheval avec une morphologie qui était beaucoup plus adaptée au dressage qu'au concours. Et je pense que, peut-être pas le Holstein car il commence à remettre du sang, mais le vrai problème aujourd'hui, c'est de maintenir du cadre tout en maintenant du sang alors ça c'est difficile aussi car le sang est réducteur ; quand vous amenez du sang, souvent ont réduit le format. L'idéal c'est de trouver les chevaux amenant du sang tout en gardant du cadre alors ça, il n'y en a pas beaucoup. En Europe, que se soit dans tous les pays qui nous environne, tout le monde recherche ces chevaux là et je dirais que dans chaque pays, il y en a un ou deux pas plus.

CW : Que pensez vous des juments normandes ?

FL  : Elles ont du cadre mais elles manquent de look, elles ont souvent des grosses têtes. On a pas fait suffisamment attention de ce côté-là mais ce sont des bonne mère et en normandie, le gros atout que l'on a, il n'y a que deux pays en Europe qui peuvent faire de l'extensif c'est l'Irlande et la Normandie, quand je dis la Normandie, c'est élargi à tout le littoral vert qui part de Calais pour moi jusqu'à Bordeaux : c'est tout le littoral ou l'herbe pousse un peu naturellement.

CW : Quelle sont les qualités de l'herbage ?

FL  : A mon avis, le cheval est souvent le reflet du terrain. Quand chez nous les chevaux ont tendance à faire énormément de muscles, il y a des régions qui sont quand même sur le cailloux, qui sont moins poussant que les plaines de Normandie où on fait des bons chevaux. On fait des bons chevaux dans le Limousin par exemple, il y a des régions d'élevage où l'on fait des bons chevaux mais ils sont plus longs à venir. C'est-à-dire que chez nous, le gros avantage par rapport aux chevaux des pays du nord : Allemagne, Hollande et Belgique, chez nous les chevaux rentrent des herbages vers le mois de novembre souvent dans la deuxième quinzaine de novembre et ils ressortent autour du quinze avril, ils retournent au pré. Quand on va chez nos amis là-bas, les chevaux rentrent vers le quinze septembre et ils ressortent au quinze mai ; la saison d'herbe n'est pas très longue et je peux vous dire qu'à 18 mois, ils les rentrent de bonne heure et la deuxième année, ils ne les ressortent pas du tout. Dans les pays du nord, ils font presque du hors-sol. Les chevaux Belges, Hollandais, les chevaux du nord vieillissent beaucoup moins bien que les nôtres car ils ont poussés beaucoup plus vite et donc vieillissent moins bien mais ça c'est mon avis, cela n'engage que moi. Par contre, je suis allé en Irlande et j'ai retrouvé à peu près les mêmes coutumes que chez nous.

CW : Quelle alimentation donnez-vous à vos poulains ?

FL  : Cela dépendra de l'année. Ils sont vermifugés à 15 jours puis tous les 2 mois. Chez nous, en principe, il y a beaucoup d'herbe, beaucoup de lait, les poulains sont gras, ça va bien. Si on sent qu'un poulain ne grossit pas, il y a 2 raisons : ou il a des vers, ou la jument n'a pas de lait. Si la jument n'a pas de lait, il faut donner à manger au poulain, il faut d'abord le vermifuger d'ailleurs on le voit bien si c'est des vers car il a le poil terne, une bourre un peu clair, ça se voit très bien. A partir de là, il faut nourrir la mère et à partir de là, il faut nourrir la mère.

Les 1 ans je les vermifuge avant de partir à l'herbe, le 15 avril, je les revermifuge le 15 août et ils rentrent là le 15 octobre : ils sont rentrés, ils sont soignés et je les attachent tous, je les mets tous en stalle : ça c'est l'habitude de la maison. Ils sont attachés pendant 15 jours pour les plus gentils et 3 semaines pour les moins gentils il faut qu'ils respectent de ne plus être attachés, de ne plus tirer, que l'on puisse passer à côté, de boire à l'abreuvoir, donner les pieds, tout ceci dès 18 mois. Ensuite ils retournent en stabulation parce que je n'ai pas de boxe pour les poulains de 18 mois, ça représente trop de main d'ouvre. Et à 2 ans et demi, je les réattache et je leur fais sauter une petite barre pour voir les chevaux sur lesquels ont devra faire un plan de carrière et les autres qui ne présente pas trop d'intérêt. Pour bien le faire et ne pas se tromper, il faut passer au moins une dizaine de chevaux du même âge, le même jour, dans les mêmes conditions et avec le même personnel. A partir de là, les atouts sont identiques, les points de références sont les mêmes, si vous le faites deux ou trois fois, vous ne vous trompez pas, une fois vous pouvez vous tromper mais si vous le faites 3 fois à 10 jours d'intervalles, on ne se trompe pas. Mais c'est quand même du travail, les poulains, les amener dans les ronds.etc, c'est quand même du boulot !

A 2 ans et demi, je les fais sauter un peu pour voir et après ils retournent une saison à l'herbage et avant de repartir, je leur fais passer des radios des antérieurs et des jarrets pour voir s'il y a des problèmes parce que ça coûte trop cher après. Si on se met à élever des chevaux qui ont des infirmités ou qui sont réchappés au départ, ce n'est pas la peine. Alors là, il y a des marchands qui les achète, ils s'en vont dans un circuit et ce n'est plus mon affaire.

CW : La proximité de la région parisienne a-t-elle une influence sur l'élevage et le prix des chevaux de Normandie ?

FL  : Elle a une influence à un moment donné, les parisiens, il y a 10-15 ans venait passer leur week-end chez nous et ils venaient acheter des chevaux, ça les amusaient beaucoup. Maintenant, c'est devenu une institution de vendre des chevaux dans les ventes aux enchères, et ils préfèrent maintenant aller dans ce genre de choses. Alors ils sont plus mal servis car les chevaux sont très préparés et lorsque ça n'allait pas, lorsqu'ils venaient chez le père Leredde, le père Leredde s'arrangeait et ou reprenait ou pas, nous on a un service après vente qui n'existe pas de l'autre côté, de l'autre côté, il y a une facture, et c'est fini. Je vois des gens qui reviennent vers nous, surtout dans les chevaux chers, ils savent que s'il y a un problème, il y aura un moyen de s'arranger.

CW : Pensez-vous que les ventes soient nécessaires ?

FL  : Je ne vais pas dire que ce ne soit pas nécessaire mais je vais dire que je n'aime pas les ventes dans lesquelles, par exemple l'année dernière, ce cheval de 3 millions, cette année, on n'a même pas pu le voir sur un terrain, les top prices que l'on ne peut pas voir correctement sur les tours on peut se poser des questions, on ne sait pas si on leur a fait peur avant. Moi quand j'achète un cheval, je le regarde au moins 2 fois et je vous ferais la confidence que dans 8 cas sur 10, je ne le vois pas comme je l'ai vu la première fois donc c'est pour ça que je tiens à le voir 2 fois.

CW : Avez-vous une activité commerce ?

FL  : Du jour où vous élevez, et que vous avez comme chez moi une trentaine de poulinières vous êtes obligatoirement intéressé par le commerce.

CW : Est-ce une activité à part entière ?

FL  : Moi je suis éleveur, mon fils s'occupe du courtage mais moi, je suis éleveur !

CW : Que pensez-vous du transfert du nom de race de l'anglo-normand au selle français ?

FL  : Il faudrait revenir, relabéliser des régions naturelles donc l'anglo-normand et moi, j'étais de ceux qui voulaient garder cette appellation. Je suis allé aux ventes du Holstein, aux ventes d'étalons, il y avait quelques origines françaises ; les étrangers ne mettaient jamais S.F., ils mettaient toujours A.N.(anglo-normand). Lorsque l'on va en Floride, et que vous voyez les catalogues, ils ne parlent jamais de S.F., ils parlent toujours d'anglo-normand. On avait vraiment un label qui avait dépassé les frontières qui était valorisé et d'un seul coup, on a fait un trait dessus. Mais moi, vous pouvez constater que sur ma plaquette, j'ai mis C.S.A.N. (cheval de sport anglo normand) car je suis le seul à avoir déposé la marque parce que je ne voulais pas qu'elle soit gaspillée : il y en a 2 ou 3 qui voulaient faire n'importe quoi avec alors je l'ai déposée il y a de ça 16 ans et je ne dis pas que moi personnellement, « les Rouges », je fais du cheval de sport anglo normand. Je viens d'avoir une discussion avec la direction du cheval à Paris en disant attention, moi je ne veux pas être un camarade syndiqué, je ne veux pas rentrer dans le monde comme on fait rentrer tout le monde sans savoir ou on va : ces gens là décident en petit comité ce que l'on va devenir ; avec 50 ans d'expérience, j'en sais aussi long qu'eux et je ne veux pas être un camarade syndiqué, j'ai ma politique à moi. Si ça continue, les gens vont aller acheter leurs chevaux ailleurs qu'en France, pour le moment c'est plus cher et c'est trop cher par rapport aux Belges et aux Espagnols. Et deuxièmement, il y a une histoire de principes, on ne veut pas être conditionnés, le normand n'a pas envie d'être pris en main par cette équipe de parisien qui détient aujourd'hui le savoir.

Aujourd'hui, la chose que je n'aime pas c'est que l'état donne de l'argent non pas à un syndicat d'éleveurs mais autoritairement à un club qui a pris la balle en vol est qui affirme que se sont eux qui vont représenter le cheval de selle français en France, le selle français, je leur donne ça, car pour moi ce n'est qu'une race. Je me dis qu'en Europe, c'est comme le cheval de sport : c'est le cheval de sport européen, il n'y a plus de selle français pur. Mais tout cela, c'est de l'hypocrisie : on se sert des chevaux allemands, les allemands se servent de nos chevaux tout le monde se sert des chevaux de tout le monde. Par contre, on peut revendiquer un label parce que le label il appartient au sol, il appartient à une région et il appartient à la culture de cette région. Moi je pense que le label est une chose qui est beaucoup plus réelle que la race aujourd'hui et ça, il va falloir le faire ressortir et le dire.

CW : L'appellation du selle vendéen a elle aussi disparue.

FL  : Oui, ça fait longtemps qu'on n'en parle plus, on s'en servait à l'armée et après, il n'ont pas trouvé de débouchés donc ça a été un peu diffus alors tout le monde a dit qu'il fallait mieux un gros selle français qui allait servir à tout l'hexagone on a gommé toute les régions naturelles, il y avait le vendéen, le charolais.

CW : Quels sont les points forts d'un étalon, comment sélectionnez vous un poulain d'un an pour qu'il devienne étalon ?

FL  : Il faut d'abord avoir choisi une bonne mère, une bonne filiation, et puis un bon père, si on a la chance qu'il sort bien alors on dit tiens celui là il a de la chance s'il grandit comme on a envie qu'il grandisse et si plus tard, vers 3 ans, il montre un peu de geste, ça fera un bon étalon mais on ne dis pas à la naissance que ça fera un étalon, c'est du vent, on espère. Chez les A.Q.P.S. on choisit les étalons sur un hippodrome, c'est le chronomètre qui fait un peu le tri du trotteur et dans le pur sang, c'est le poteau.

Dans le trotteur, à un moment donné, ils ont étés plus loin : Cela fait 10 ans que je dis que l'on fait de la surproduction et que les éleveurs avaient mangés de l'argent et les trotteurs étaient les premiers à donner 10.000 francs (1500 euros) à l'éleveur et ils reprenaient la papier pour que la jument ne reproduise plus (un peu plus que la valeur bouchère). Tout ceci parce qu'ils ne voulaient en garder qu'un certain nombre car ils avaient peur de la surproduction. Au lieu de faire des incitations avec la prime P.A.C.E. et toutes les autres primes, on aurait été plus intelligents de faire les même choses avec le selle. Lorsque je l'ai proposé, j'étais président de l'ADECNO à St Lô, lorsque j'ai parlé de ça la première fois, j'étais le seul de cet avis là. Alors maintenant, il y a des personnes qui disent que ça aurait était bien de faire ce que j'ai dit y a 10 ans, on dit que j'avais 10 ans d'avance alors maintenant, je leur répond qu'ils ont le nez dedans ! On voit des chevaux de 3 ans qui sont vendus rien du tout. Le cheval de 3 ans aujourd'hui est devenu une matière première : elle peut être de bonne, moyenne ou de très bonne qualité mais ce qui compte c'est la valorisation que l'on va mettre dessus, on va mettre une bonne valorisation suivant le cavalier que l'on va mettre sur le cheval. Si vous avez un très bon poulain et que vous mettez un cow-boy dessus : vous n'aurez pas ce bon poulain, il va vous le casser ou il va lui arriver des avatars.

Aujourd'hui je trouve qu'il est plus facile de trouver un bon poulain qu'un bon pilote pour moi car dans le cheval de sport, il y a une chose qui existe et qui n'existe pas dans les chevaux d'hippodromes. Dans les chevaux d'hippodrome, il y a des investisseurs, vous avez les jockeys et entre les 2 vous avez les entraîneurs ; les entraîneurs sont les personnes qui font le plan de carrière des chevaux et chez nous, cela n'existe pas ! Vous avez le propriétaire qui veut s'amuser qui veut tout faire, qui peut monter., vous avez aussi le cavalier qui se sent très aguerrit, qui achète son cheval et qui dit qu'il n'a pas besoin d'aller voir chez les autres et il y a les éleveurs aussi qui raisonnent de la même façon. Rares sont ceux, j'en parlais avec un ami qui a investit beaucoup, et maintenant il veut que je lui donne des conseils alors je lui ai dit attention je veux bien te donner des conseils mais comme un entraîneur car je pense que lorsque l'on a son cheval, on a envie de le voir évoluer vite et quelque fois, les chevaux, ils ne savent pas les protéger. L'art d'un entraîneur, par exemple, c'est de dire ce cheval là, on lui fait un plan de carrière et on va aller doucement. Les cavaliers ils tirent dessus ainsi les propriétaires. Tous deux pour ce faire plaisir, l'un pour vérifier si ce qu'il a dépensé et de bonne qualité et le cavalier veut justifier le travail qu'on lui a donné à faire : ils se précipitent tous et il est bon d'avoir quelqu'un au milieu pour diriger.

CW : Beaucoup de cavalier ont peur de rentrer sur des tours, d'après vous, d'où viens cette pression ?

FL  : Oui, ce sont les propriétaires qui donnent cette pression : Les uns comme les autres, c'est Fontainebleau donc ils veulent un sans faute, ils veulent ceci ils veulent cela. Je suis sûr qu'il y a des chevaux qui sont préparés pour Fontainebleau et cette pression dont vous parlez, toute cette préparation, elle existe encore plus dans les ventes aux enchères, là il y a encore une pression car il y a la vente au bout alors on fait faire n'importe quoi, on leur met des barres de fer, on leur met des tas de trucs qu'il ne leur faudrait pas pour les faire monter aux chandelles et puis les gens se font attraper avec cela.

Le cavalier de compétitions est assez jeune, il aime l'équitation, il a gagné, il essaie de faire du mieux qu'il peut et les cavaliers dont je vous parle qui pourraient faire des bons entraîneurs sont des gens qui ont déjà eu des vies de cavaliers, qui ont pour moi passé la quarantaine et c'est à partir de là, ils ont assez de recul pour peser les paramètres, peser ce qui rentre en compte comme hypothèse pour faire un bon cheval. Je vois par exemple, Xavier LEREDDE cavalier il y a 15 ans, et Xavier LEREDDE aujourd'hui lorsqu'il travaille un cheval, ce n'est pas le même, il ne travaille pas de la même façon. Maintenant, il y a beaucoup de bons chevaux qui sont « loupés » car les cavaliers veulent aller trop loin, trop vite.L'argent est un des éléments de la motivation et l'argent est aussi un des éléments nocif parce que c'est lui qui fait que l'on va aller plus vite, le cavalier a qui ont a confié le cheval depuis 10 mois, qui fait des factures depuis 10 mois à son propriétaire, il a envie que son propriétaire soit content et cela donne la pression.

CW : Que pensez vous de la politique des haras nationaux pour l'achat d'étalons ?

FL  : Je pense que la politique des haras nationaux au point de vue de la politique d'achats, ce n'est pas leur affaire, tout simplement, ils n'ont pas achetés d'étalons. L'état n'a pas acheté d'étalons, il y en a beaucoup trop et il y a assez de bons chevaux, par contre, c'est à elle de s'informer ; moi, je serai directeur général, je dirai à mes chefs de centre de faire une grande réunion en France, de tous les propriétaires d'étalons et d'étalons qui veulent venir sur le marché et qui veulent éventuellement être loué ou vendre la carrière de leur cheval pendant un an ou deux. Alors on ferai de grosses économies car la plupart de ces chevaux là ont étés vérifiés, vus. Certains sont mêmes testés et ont des poulains donc moi je verrai un grand marché au lieu de voir ces présentations d'étalons ou il n'y a pas de repères, il n'y a que le gras, il n'y a que le gras qu'ils ont sur le dos ! On verrai un étalon, par exemple, il y a un vieil étalons qui existe, qui est prêt à mourrir mais qui peut encore servir 2 ans, je vais le situer : c'est Ruis Blas de la souche de Jalisco. Cette dame là viendrai avec un ou deux produits et montrerai Ruis Blas, peut être que les haras aurai intérêt à prendre ce Ruis Blas en question c'est-à-dire dans une de leur station et ça rapporterai beaucoup plus d'argent plutôt que d'essayer un poulain dont on ne sait rien et il y a des tas d'étalons comme ça et il y en aura de plus en plus. Dépenser de l'argent et en plus de ça il ne connaissent pas bien, ce sont des fonctionnaires. Je connais pour ne pas les nommer, des fonctionnaires, ça fait 5 ans qu'ils sont dans la maison et ils donnent leur avis sur tout ; moi au bout de 50 ans je me remets en cause, eux au bout de 5 ans, ils ne se remettent pas en cause, c'est comme les personnes qui jugent pour l'ANSF, ils ont eu 3 séances d'apprenti juge au Pin et avec ça ils connaissent tout : ils font des règles de 3, les tables de croisement et ces gens là montrent à tout le monde ce qu'il faut faire. Pour cela, moi je dis non, à l'heure actuelle, tous les ans, je fais un plan de monte pour ma jumenterie et je n'en fais pas un, j'en fais 3, je les fait à 1 mois d'intervalles et à la fin, quand j'en ai fais un, je mets le plan sous la table et je fais le deuxième après le mois de janvier. Je fais le premier au mois d'octobre, en voyant les résultats, je tiens compte d'abord des résultats, je fais le deuxième au mois de janvier en tenant compte des juments car attention, il y a des juments qui prennent en frais, d'autres qui ne prennent pas en congelé, il faut tenir compte de tout cela lorsque vous avez toute une jumenterie et le troisième plan, je le fais lorsque les juments poulinent, je regarde le poulain, je vérifie avec l'étalon qu'elle avait, le poulain qu'elle a fait. Quand ça sort bien, je ne change pas, quand ça ne sort pas bien, je rebats les cartes ! J'ai fais saillir une jument 4 fois de suite par le même étalon car ça sortait bien. Au début, je lui avais mis un étalon très près du sang et elle faisait des poulains très légers, alors maintenant que je lui ai trouvé un étalon qui lui convient très bien, je lui laisse le même. Et là en l'occurrence, c'est Cannen et là j'ai un bon résultat. Lorsque l'on trouve un croisement qui parait être bon, il faut le conserver, c'est pas la peine d'aller voir ailleurs.

CW : Que pensez vous des indices comme les BLUP par exemple?

FL  : Je suis contre les BLUP pour la bonne raison que, je vais prendre un exemple et je vais nommer des gens car il n'y a rien de blessant là dedans puisque les deux chevaux appartiennent au même éleveur, c'est les deux chevaux de chez Mr LEVALLOIS : Le Tot de Sémilly et diamant de Sémilly. Il apparaît que maintenant Diamant est devant son père, le blup de Diamant est mieux que son père, alors là je m'excuse, le père est en fin de carrière, il a fait de très bons chevaux, Diamant était un grand performer mais sur sa production, il faut encore voir, et ils n'ont pas trouvé mieux de mettre Diamant devant ! Alors moi, je trouve cela choquant. En plus de ça, les gens ne s'y retrouvent pas très bien, les 4 ans qui sortaient avec des blup ronflant et on se demandait ce qu'il avait fait, par contre un 5 ans qui avait bien tourné se retrouvait avec un blup qui n'était pas trop élevé. Moi j'avait établi un autre système qu'ils n'ont pas voulut retenir, c'était les groupes : les chevaux de 4 et 5 et 6 ans, c'est comme cela que je les avaient classés mais je vous explique en gros, quand ils sortaient qualifiés du cycle classique, je faisais un groupe III, à 7 ans et A1 national, ça faisait un groupe II, et international cela constituait le groupe I. Alors on savait que la jument avait produit du groupe III, du II ou du groupe I, ça aurai été beaucoup plus simple que toute cette mayonnaise qui finalement ne prend pas. Sur le plan commercial, ce serai plus facile pour Monsieur tout le monde. Je vois que les gens qui achètent des chevaux consultent sur le minitel et ça, ça m'irrite. Alors on dit il n'a pas de minitel, on ne dit pas il n'a pas de blup.

Si le cheval a été protégé, il n'a pas de minitel mais par contre si on a tiré sur le cheval, il aura un minitel donc il y a une voiture qui a 150.000 kms et l'autre qui n'en a que 40.000 c'est ce que l'on pourrait comparer donc on fausse tout avec ses chiffres là. Alors que la catégorie est basée sur des choses vraies, des performances vraies et ça serai clair pour tout le monde mais ça, je vous dis, c'est mis en place par des fonctionnaires, on change les politiques mais on ne change pas le fonctionnement dans notre France.

Dans ce métier, moi je suis trop vieux pour m'occuper de ça, on manque de personnes qui puissent renseigner, des agences de renseignements mais il faut faire ça avec des gens très pointus, qui connaissent bien leur boulot. Il faut filtrer les informations, en disant celui-ci il dit juste sur tel et tel point et celui là telle et telle information sont fausses. C'est un vrai rôle de sélectionneur !...

CW : Que pensez vous des transferts d'embryons ?

FL  : C'est réservé pour les gens riches, ça coûte 40.000 francs (6.000 euros) et il y a 50 % de réussite. 40 et 40 ça fait 80 et on ne sait pas ce que ça donnera au poulinage, s'il va sortir bon ou mauvais et il vaut 80.000 à la sortie. C'est de la passion, les gens ont de l'argent, ils se font plaisir. C'est fait pour les nouveaux éleveurs qui ont de l'argent. J'ai osé dire à un éleveur qu'avec le transfert vous régressez avec ses vieilles marmites et il serait beaucoup plus sage de faire pouliner ses jeunes juments avant de les mettre au travail à 3 ans, ça ne les abîme pas. Mon fils a fait acheter à un propriétaire une jument d'international. C'est une Hollandaise, elle a fait 6 poulains et tourne en international. C'est une très bonne jument, elle a fait 6 poulains. Moi je trouve ça mieux de faire faire un poulain à une jument et de la remettre dans le circuit, que de faire saillir des juments un peu usées qui sont passées de mode là j' ai dit à l'éleveur que c'est un système qui lui fait prendre du retard !...

CW : Vous pensez que faire saillir une pouliche à 3 ans, ça la préserve ?

FL  : Oui, on la fait saillir à 3 ans, et même 4 et 5 ans, mais il faut la débourrer avant, je ne dis pas qu'il ne faut rien faire dessus, il faut la travailler, la manipuler et elle s'en rappellera et entre deux, il faut la faire sauter un peu si c'est possible ; cette jument là peut faire un poulain, pourquoi pas ! Les belges font saillir à deux ans et à 3 ans.

CW : Quel est l'intérêt de cela ?

FL  : L'intérêt c'est que l'on gagne une génération. Cette génération, c'est déjà une bonne pouliche, qui est issu d'une bonne jument, vous la remettez à un autre bon cheval, vous allez plus vite.

CW : A 10 ans, vous la mettez à la reproduction ?

FL  : Pour moi, personnellement si c'est une très bonne jument, il ne faut pas aller au delà de 10 ans. Mon vétérinaire m'a toujours dit que ce métier là n'est pas un métier de grand-mère, après elles n'ont plus de lait. Mais elles ne sont pas toutes comme ça, j'ai déjà récupéré des juments de 12 -14 ans qui ont bien produit mais j'en ai eu des plus vieilles qui n'ont jamais donné de poulain.

CW : Quel conseil donneriez vous aux éleveurs français ?

FL  : Avant d'élever, il faut qu'ils mesurent bien car lorsque l'on garde une jument, qu'on la fait saillir, cela veut dire après qu'on élèvera le poulain, alors il faut qu'il fasse bien attention, qu'ils fasse bien leur compte parce que je pense qu'il vaut mieux qu'ils s'entourent bien et qu'ils achètent un bon poulain et ça leur reviendrai moins cher. Moi personnellement, je dis que l'élevage est un métier de vieux car il faut avoir ses arrières ; c'est un métier de riche ou un métier de vieux. Chez nous comme les paysans ne sont pas très riches, je dis que c'est un métier de vieux et ils ne peuvent faire que cela. Mais les gens qui ont de l'argent, ils font cela par plaisir, ça leur plait d'avoir une jument, un poulain et ça on ne peut pas l'enlever. Alors moi je leur dis qu'ils achète un ou deux poulain et de bien les élever.

CW : Vous pensez qu'un bon éleveur devrai commencer par acheter une bonne pouliche ?

FL  : Oui, si quelqu'un veut commencer ce métier de l'élevage, il doit rassembler tous ses fonds et acheter du bon. Alors une bonne pouliche c'est quoi ? Ce n'est pas une pouliche grasse qui trotte la queue sur le dos, elle aura été suralimentée et peut être piquouzée car il y en a ! Il ne faut pas confondre la bonne et la belle. Une bonne pouliche, c'est une pouliche qui a un très bon papier, qui a une bonne lignée maternelle et qui est faite d'un bon étalon.

CW : Vous qui avez produit tant de chevaux, comment faites vous pour toujours garder votre passion intacte ?

FL  : Moi, je suis passionné pour deux raisons :

Peut être parce que j'ai eu quelques piqûres de rappel et la plus forte piqûre de rappel que j'ai eu c'est quand j'ai eu des problèmes de santé et c'est les chevaux qui m'ont forcé à traverser ma cour alors après, vous êtes motivé. Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre 1ans ou 10 ans et je me suis dis qu'a la fin de ma vie, j'achèterai des juments AQPS et je l'ai fait cette année. J'ai acheté 5 juments AQPS et j'ai tapé dans les très bonnes ! Mon rêve serai d'avoir un cheval qui gagne à Auteuil.

CW : Mais il y a aussi des coups dur.

FL  : Oui, il arrive que l'on perde une bonne jument et c'est pour cela que lorsque j'ai une bonne mère, je m'arrange toujours pour qu'il y ai 2 filles qui galopent derrière. Vous savez, une souche est vite disséminée, il y a aussi des souches qui ont la poisse, et d'autre qui ont de la chance : Je crois assez à cela. Il y a une chose que j'ai retenu dans ma vie, c'est qu'il y a des souches montantes et des souches descendantes c'est-à-dire, prenons des chevaux de qualité égale, vous croisez certaines juments et elles produirons mieux que ce qu'elles n'ont été, elles améliorent toujours, avec des étalons du même niveau et il y en a d'autres, c'est le contraire. Et cela, je l'ai vérifié sur plusieurs juments, on les reconnaît lorsque l'on a plusieurs produits de cette souche là. Mais la grande sélection se fait avec le nombre, quand on a des juments comme ça, on peut se permettre de faire des croisements que l'on ne se permettrai pas si on avait qu'une seule jument. Je dis souvent qu'il y a des croisements à risques, il y a d'autres croisements qui sont moins risqués car on connaît plus ou moins les productions.

   
   
   

 

 

 


Page crée le 20/03/2007 Dernière modification effectuée le Samedi 4 septembre 2010




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