Interview de Xavier Leredde

 

C'est lors du concours de surgères, au mois d'Août 2003, que nous avons rencontrés Monsieur Xavier Leredde. Ce fut l'occasion pour nous de lui poser quelques questions sur l'élevage

   

CW : quelles sont les qualités d'un bon éleveur ?

XL  : Pour moi les qualités d'un bon éleveur, c'est de ne pas avoir d'a priori. Il faut d'abord partir sur de bonnes souches ; avoir des souches suivis avec mère, grand-mère . Avoir des juments avec du modèle. Aujourd'hui, on se rend compte que le grand problème de l'élevage, c'est de remettre du sang. Je pense qu'un éleveur doit remettre du sang par l'anglo ou par le pur sang. Un bon éleveur, c'est quelqu'un qui à l'oil ; mon père a beaucoup de recul, il a vu un grand nombre de chevaux, il élève des chevaux depuis 50 ans. Il faut se faire l'oil à ce que peut être le bon cheval d'obstacle : la forme du cheval, sa conformation, sa locomotion. Il faut aussi avoir une connaissance parfaite des origines : mon père peut remonter des origines jusqu'à 1950. C'est toute une culture.

CW : Comment se former ?

XL  : Il faut voir beaucoup de chevaux, apprendre le stud book, bien suivre les origines, se faire l'oil sur la conformation d'un cheval d'obstacle.

CW : Sur 10 poulains de 4 ans, comment reconnaît-on un étalon ?

XL  : Aujourd'hui il y a beaucoup d'étalon, beaucoup trop. D'abord, un étalon doit être un cheval exceptionnel, qui sort de l'ordinaire. Un étalon, ça doit être un beau cheval, un cheval avec une origine du coté du père et du coté de la mère à 2, 3, 4 générations suivies. Ca doit être un cheval avec une locomotion faite pour l'obstacle.

CW : D'après vous, quelle est l'activité minimum d'un étalon ?

XL  : Il y a de très bons étalons qui saillissent peu, et des mauvais qui saillissent beaucoup. Le grand problème aujourd'hui, c'est que l'élevage change de générations je vois dans notre région, dans le nord de la France, les éleveurs de la génération de mon père arrive à la fin de leur carrière, souvent leurs enfants ne suivent pas et l'élevage est repris par des gens qui ont une profession x, y, z qui s'amusent avec l'élevage. Il faut savoir que 95% des éleveurs ont une poulinière (en France). Ces 95% représentent une grande masse, sont des gens qui dirige leur élevage un peu en fonction de la mode, ils allument leur poste de télévision, ils regardent le grand prix « coupe du monde » et ils voient un étalon qui est à la mode, ils n'ont même pas vu le cheval, ils font venir des doses de ce cheval là. Alors qu'un éleveur qui fait ça depuis très longtemps, avant de choisir son étalon ira le voir, demandera les origines, essaiera de voir la mère. Il y a une recherche beaucoup plus profonde des éleveurs qui font ça depuis très longtemps ; aujourd'hui c'est un peu le coup de foudre, les modes.

CW : Comment gère t-on la promotion et la carrière d'un étalon ?

XL  : Je pense qu'il ne faut pas mettre une pression trop forte jeune sur le cheval. Vous avez des chevaux qui ont une publicité terrible à 3 ans, à 4 ans les cavaliers mettent une pression très forte, 4, 5, 6 ans, au lieu de faire les jeunes chevaux très cool, on leur demande beaucoup. Un cheval doit être monté progressivement, on parle d'un tempo, et on monte, on monte, on monte, il y a un rythme à respecter.

CW : Quels sont les épreuves pour un étalon ?

XL  : En règle générale, un étalon suit le cycles des 4, 5, 6 ans. A 7 ans, il peut commencer à faire des épreuves un peu plus forte, il y a des épreuves de 7 ans maintenant. Et si on veut attaquer progressivement, il ne faut pas attaquer les grandes épreuves avant 8, 9 ans.

CW : Que pensez vous du circuit français ?

XL  : Le circuit français est un circuit qui demande souvent trop aux jeunes chevaux, il y a une pression terrible. Fontainebleau a pris une très grande importance alors que lorsque l'on voit une carrière très longue, qu'est-ce que ça représente les 4, 5 ans ? On doit considérer ces épreuves là pour former les chevaux et ne pas mettre cette pression.

CW : Est-il nécessaire de faire les trois années de jeunes chevaux ? Est-il nécessaire d'observer une trêve, une saison de repos ?

XL  : Si le circuit est fait d'une façon calme, tranquille, le cheval peut faire ses 12 parcours à 4 ans, ses 20 parcours à 5 ans. On ne casse pas un cheval sur le terrain, on le casse à la maison. Mon père m'a souvent dit, « un cheval a un certain nombre de saut à faire dans sa vie » comme un pneu a un certain nombre de kilomètres sur une route, combien on ne le sait pas, mais tous ces sauts que vous ferez pour rien à 4, 5, 6 ans, c'est autant de saut que vous ne ferez pas quand le cheval aura 15 ans, 16 ans, 17 ans. On voit et on reconnaît un homme de cheval à la longévité des chevaux qui lui sont confié, à 18 ans, 19 ans, il faut que la carrière ait été menée convenablement.

CW : Les anglais ont beaucoup de chevaux comme ça .

XL  : Les anglais sont des hommes de chevaux. Mickaël Witaker, John et d'autres ont mené des chevaux au top niveau jusqu'à 20 ans.

CW : Que pensez vous du transfert d'embryon ?

XL  : C'est une hérésie totale. La science a évolué ces 10 dernières années et l'homme est en train de changer un grand nombre de choses. Moi, je vois des jeunes juments qui ont subi des transferts d'embryons depuis trois ans et l'utérus est lavé à coup de produit ; à 9-10 ans elles ne reproduisent plus. Les gens se font plaisir, ils font autant de poulains qu'ils peuvent mais je pense que la nature a fait les choses d'une certaine façon et tout ce que l'homme essaie d'aller contre, un jour ou l'autre, il y a un retour de bâton. Il y a aussi tous ces chevaux entiers qui font la monte et monte courrent de grandes épreuves, suivis par des vétérinaires qui font des infiltrations de produit qu'ils ne connaissent pas. Il y a beaucoup de chevaux à 14-15 ans qui sont stériles. Ils ne connaissent pas les effets secondaires de ces produits, qui rendent stériles ; il y a même des chevaux de 9-10 ans.

CW : Vous qui côtoyer des chevaux étrangers tel que New-York, comment se situe l'élevage français par rapport à la concurrence étrangère ?

XL  : On parle des beaucoup des étrangers en ce moment. On a gagné le championnat du monde, donc beaucoup de gens pensent que l'élevage français est au top niveau. Le problème, en France, on produit 12 000 chevaux par an, donc sur 10 ans ça fait 120 000 chevaux, on a des cavaliers exceptionnels tels que Eric Navet, Michel Robert, Hubert Bourdy, il serait quand même surprenant de ne pas trouver 4 chevaux parmi 120 000 pour aller courir un championnat du monde. Maintenant quand on gratte un peu, l'effectif étant très limité, on ne peut même courir la coupe du monde, l'hiver. Jean-Maurice Bonneau a bien géré le championnat du monde et le championnat d'Europe, les cavaliers français n'ont pas suivis le circuit coupe du monde. Le problème est que l'on ne produit pas assez de bons chevaux en nombre.

CW : C'est pour cela que tout le monde veut des chevaux étrangers ?

XL  : Il y a dans les chevaux étrangers un effet de mode. Il faut y faire attention. Le premier marché mondial en prix, pour les chevaux de haut de gamme est le marché nord-américain : Canada, Mexique, Etats-Unis. Il faut savoir que pour un cheval français haut de gamme vendu là bas, il y a 10 allemands, 7 hollandais, 5 belges. A ce niveau là, il reste des choses à faire.

CW : Pourquoi les chevaux étranger se déplace t-il mieux que les nôtres ? D'où cela vient-il ?

XL  : Les haras nationaux, après guerre, qui ont fait beaucoup de bien à notre élevage, ils ont acheté beaucoup de bons chevaux, ont perdu pied dans les années 70. Donc 25-30 ans d'achat d'étalons moyenne gamme voire bas de gamme dans les différentes régions de France, mis à des prix très bas parce que les haras pouvaient mettre des chevaux à 1000 francs (~=150€), 1500 francs (~=228€), sur deux ou trois générations, cela a fait beaucoup de mal à notre élevage. Je vois dans la Manche, aujourd'hui les éleveurs qui n'avait pas l'argent pour aller à des bons chevaux des haras privés, ont mis leurs juments à des étalons très normaux et aujourd'hui leurs souches qui étaient bonnes il y a 30 ans sont devenues d'une grande médiocrité. Et la deuxième chose, tous ces étalons étranger, belges, hollandais, allemands, ces élevages là étaient refusés aux éleveurs français. Il y a aujourd'hui un engouement du fait de cette privation pendant tant d'années. Il y a des bons chevaux en France, de bons éleveurs, un terroir exceptionnel, chose que peu de pays a. Si on gère bien cela, on devrait produire beaucoup plus de bons chevaux dans les 10 ans à venir.

CW : Quels conseils donneriez-vous à un éleveur pour revenir dans la course ?

XL  : Le conseil que je donne aujourd'hui est de se méfier des croisements à la mode. Un des gros problèmes de l'élevage français est le sang. Nous sommes obligé de revenir à des chevaux très près du sang tels que les anglos et les pur sang. On est en présence de chevaux qui ont le look sport mais quand on monte dessus, il y a une boîte de vitesse 1, 2, 3, la 4 ème et la 5 ème n'existent pas, et cela au top niveau, c'est nécessaire. Quand un concours dure 3 jours avec des températures élevées, si le cheval n'a pas un peu de sang, vous ne faites rien. Le sang est indispensable. Dans le cadre de notre élevage, on cherchait un pur sang depuis très longtemps et on a trouvé un cheval de course russe, près de Prague, ce cheval là va amener beaucoup à notre élevage. Il est inconnu de tout le monde mais c'est ce que nous cherchions depuis très longtemps.

CW : Quels sont les rapports entre les privés et les haras nationaux ?

XL  : Pendant très longtemps, les haras nationaux avaient le monopole des étalons. Ce monopole, ils l'ont perdu dans les années 80. Maintenant, je crois qu'il y a 50% de juments saillies en haras privé et 50% en haras nationaux. Les rapports sont corrects, les haras nationaux remontent leurs prix. L'état recherche maintenant à ce que les haras s'autofinancent.

CW : On voit de plus en plus d'étalons des haras sur le circuit de compétition.

XL  : Il y a quelques étalons des haras nationaux qui tournent bien, maintenant je trouve que leurs résultats restent faibles par rapport à l'enveloppe donnée. Ils ont un gros budget, ce sont les premiers propriétaires européens de chevaux de sport. Il n'y a pas un état, Allemagne, hollande, Belgique, qui investit autant d'argent.


Page crée le 20/03/2007 Dernière modification effectuée le Dimanche 6 juillet 2008




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