Fontainebleau 2003

 

Lors de la grande semaine de l'élevage 2003, à Fontainebleau, l'équipe de cheval-web (en vadrouille) a eu l'immense plaisir de poser quelques questions à Monsieur Jeau d'Orgeix

PALMARÈS 1946 à 1952

 

VICTOIRES INTERNATIONALES 98 victoires, dont:

Grand Prix de Rome - Grand Prix de Genève - Grand Prix de Bruxelles - Grand Prix de Paris Grand Prix de Dublin (Irish trophy) - Grand Prix d'Alger (2 fois) - Grand Prix d'Ostende - Grand Prix de Vichy - Championnat de Gond Puissance de Rome - Prix des Vainqueurs, Rome (2 fois) Prix, des Vainqueurs, Londres (Daily Mail) - Prix du cavalier ayant les meilleures performances sur l'ensemble d'un concours, Rome (2 fois), Genève, Bruxelles, Jumping de Paris (2 fois), Londres (Gold Spurs - 2 fois) - Coupe des Nations Paris Londres, Ostendo, Vichy, Rome, Genève, Dublin.

Médaille de Bronze (classement Individuel), J.O. de Londres 1948.

VICTOIRES NATIONALES:

Coupe de Paris (2 fois) - Grand Critérium de Paris (2 fois) - Puissance de Paris (2 fois) - Coupe des Habits rouges (3 fois) - Critérium de Bordeaux (3 fois) - Critérium de Vichy - Championnat de Provence - Grand Prix de Philippeville (2 fois),

COUPES DE :

Compiègne (3 fois), Le Touquet (2 fois), Béthune (2 fois) Bordeaux fois) Senlis (2 fois) Fontainebleau (3 fois) Valençay, Li1l e, Anet, Montélimar, St Germain, Rouen, Pau, Châteaudun, Biarritz, Barbizon, Deauville.

L'interview de Monsieur Jean d'Orgeix

CW : Nous aimerions connaître votre actualité ?

JO : Donner des stages équestres en France et à l'étranger.

CW : Vous qui avez accompagné l'équipe de France lors des plus grandes manifestations, comment gériez vous le stress des cavaliers ?

JO : Je ne gérais pas, c'est un mot qui m'amuse car il n'est pas de mon époque, maintenant, on gère tout. J'étais entraîneur national pendant 4 ans, mais c'est très délicat à dire car c'est essentiellement une question de moral, de mental, de donner un esprit de gagnant. Il faut se rappeler quand j'ai repris cela, la France à ce moment là, c'était la catastrophe, on avait pas gagné une coupe des nations depuis 14 ans. Donc il s'agissait de redonner confiance aux gens, de leur réapprendre le chemin de la victoire et ça c'est moral, c'est essentiellement moral. Moi, je fais travailler les cavaliers au point de vue technique. La chose que je faisait à l'époque, c'était de filmer tous leurs parcours en vidéo, ce qui ne se faisait pas : personne n'en avait à ce moment là. Je sais même qu'il a été dit qu'il faisait des dépenses inconsidérées car j'avais acheté une vidéo. La seule obligation que je leur demandait lorsqu'on était en international, était de nous retrouver dans ma chambre le soir ou le lendemain matin pour regarder les parcours ensemble et analyser sur le plan technique les raisons telle ou telle faute. C'était essentiellement cela, c'était des touches : J'essayais de faire tomber une graine en espérant qu'elle mûrisse et elles ont souvent mûri.

CW : On se rappelle quand vous étiez entraîneur, de l'exploit des cavaliers dont ça devait marcher quand même.

JO : Ca a bien marché car j'ai été nommé le 15 juillet 1973 et les jeux Olympiques étaient en 1976, donc deux ans et demi plus tard.Ca a très bien marché parce qu'on avait gagné la médaille d'or lors de la dernière saison, en fin cela ne c'est pas fini là pour moi mais on avait gagné la médaille d'or par équipe à Montréal. Mais ce qui a été pour moi beaucoup plus marquant, ça a été qu'après Montréal, il y avait pratiquement toutes les équipes olympiques européennes qui se sont retrouvées à Rotterdam et là on a tout mais ce qu'on appelle tout gagné j'en avait écrit « le rouleau compresseur français » car on avait gagné la coupe des nations, on étaient premier et deuxième du Grand Prix. D'ailleurs les deux seuls français au dernier barrage et deux seuls français premier et deuxième sur l'ensemble du concours. Cela ne prouvait pas que nous étions au dessus de tout le monde à ce moment là, ça je ne l'ai jamais dit mais j'ai dit que nous nous rapprochions à ce moment là des Allemands et des Anglais, que nous en étions très près. Il y a des périodes fastes et des périodes néfastes, ce jour là, cela nous a permis de tout gagner ce jour là mais je l'ai toujours dit, on recommence le concours dix fois, ce ne sera pas dix fois la même chose. Cela prouve que nous sommes tré s proche de l'équipe Allemande et l'équipe Anglaise, l'équipe anglaise qui était très forte à ce moment là.

CW : Quelle est la force des anglais dans cette discipline ?

JO : La force des anglais était la monte des cavaliers anglais, mais c'est très curieux à quoi cela tient : Il y avait un chef d'équipe qui s'appelait Massarel, ce n'est pas un nom anglais mais c'était le chef d'équipe anglaise et c'est à cette époque là que les anglais on eu un succès énorme et du jour ou Massarel est partit, l'équipe anglaise à dégringolé. Je ne suis pas assez les concours à l'étranger pour savoir pourquoi lorsque le chef d'équipe est partit, les anglais se sont écroulés. Quand on aime l'équitation comme moi, c'est très triste de voir le niveau actuel des anglais.

CW : Que pensez vous de la relation entre les cavaliers, les chevaux et les propriétaires ?

JO : Ca fait quelques 66 ans que j'ai monté mon premier parcours alors j'ai quand même l'expérience des rapports, les propriétaires sont très intéressés par leurs chevaux et c'est normal qu'il les aime puisqu'il leur appartient hors malheureusement, un cheval ne gagne pas, il ne peut pas gagner un cheval bien sûr il y a des chevaux avec lesquels il est plus facile de gagner mais c'est le cavalier qui gagne ; et ça les propriétaires et tous ceux qui vendent des chevaux ne l'admettent pas toujours, préférant vanter les qualités du cheval afin d'en tirer un meilleur prix. Ce sont les hommes qui gagnent, c'est la technique bien entendu, il y a des chevaux meilleurs que les autres, mais il y en a tellement de bons. C'est donc une question de technique équestre et propriétaires ont du mal à le comprendre et c'est humain.

9 fois sur 10 c'est de la faute du cavalier, sur les neuf, il y a des fautes que le cavalier aurai pu sauver.

CW : Beaucoup de cavaliers français ont des chevaux de tête et lorsqu'ils les perdent, ils ont beaucoup de mal à en retrouver d'autre, vous qui avez été entraîneur, qu'en pensez vous ?

JO : Le cavalier qui n'a jamais eu de problème de cheval, c'est Michel ROBERT : un cheval peut partir, 6 mois après il en a un autre du même niveau. Vous avez deux choses : vous avez l'exécution et la formation d'un cheval. C'est toujours les même cavaliers qui gagnent, comme par hasard, c'est eux qui aurait les meilleurs chevaux !...-). Avez-vous déjà entendu dire que Mr Beerbaum ou les Whitaker n'avaient plus de chevaux ? Non, ça n'existe pas, ont les forment les chevaux, ont les fait .

CW : Pensez vous que les cavaliers devrait plus pensez à la relève ? Former des chevaux pour les emmener au plus haut niveau et en faire leurs chevaux de tête ?

JO : Oui bien sûr, c'est évident, car ils montent d'autres chevaux dont des jeunes chevaux, il ne suffit pas de monter pour former. Dresser c'est une chose mais si on a un cheval qui manque d'énergie, là le meilleur cavalier du monde ne pourra pas, à un certain niveau ça lâchera. Par contre il y a beaucoup de chevaux qui aurai pu être champion olympique mais ils n'ont pas trouvés de cavalier qui aurai pu les sortir. Et même au jeux olympiques, qu'est ce qu'on demande de sauter, 1m60, 1m70 et encore c'est très rare. Tous ces chevaux, ils ont facilement 2 mètres dans les pattes ! Je ne dis pas qu'ils sautent 2 mètres mais imaginons que le cheval est poursuivit par une meute de loup, que la foulée et bonne, croyez moi qu'il saute la clôture de 2 mètres et les loups ne l'auront pas.-). Physiquement, ils ont les capacités, le potentiel. On saute quand même beaucoup plus bas donc c'est uniquement une question de technique, de dressage, de toujours pouvoir mettre le cheval dans les meilleures conditions.

Lorsque l'on suit les concours internationaux, on peut parfaitement dire, je peut parfaitement dire que ce cavalier là, il vaut 0/0, lui 0/4, celui là 4/4, etc. c'est-à-dire que sur des tours de coupe des nations, ce cavalier là vaut sans faute sans faute, celui là vaut sans faute 4 points mais ce n'est pas pour ça que les cavaliers qui valent sans faute sans faute un jour peuvent valoir sans faute quatre point un autre jour.Quand je dis 0/0, mais il n'y en a pas beaucoup, ce sont des cavaliers qui vont parvenir à mettre leurs chevaux dans les meilleures conditions, mécaniques, technique et psychiques de saut, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas une faute de temps en temps. Sur un parcours de coupe des nations il y a admettons 18 obstacles donc sur deux tours, cela représente 36 obstacles ; sur 36 sauts, il y en a un qui fera une faute, une fois : c'est le cavalier.

CW : Vous qui avez beaucoup écrit sur l'enseignement équestre, que pensez-vous des cours dispensés dans les clubs ?

JO : Savez vous que paraît -il 15 à 20 % des jeunes français ne savent pas lire et écrire ? Ca c'est l'éducation nationale française. C'est assez extraordinaire, or de nos jours, c'est l'éducation nationale française qui dit comment monter à cheval. Il y a les éducateurs sportifs dans différents domaines, que l'on met à la disposition de la jeunesse et des sports, qui les met à la disposition de la fédération équestre et là, ils font un stage de 9 mois à l'issue duquel ils sont toujours reçu (bien entendu-)) ; ensuite ils sont enseignants. Alors on considère, du moment qu'il sort de l'éducation nationale, que c'est un pédagogue. Je peux vous citer un exemple, c'est authentique ! C'était le directeur (l'ancien, il y a 7-8ans) de l'école nationale qui parlait avec le colonel Carde qui était l'écuyer en chef. Ils discutaient, et tout à coup le directeur lui a dit : « Mais mon cher Carde, vous, vous êtes persuadé que pour bien enseigner l'équitation, il faut avoir soit même une grande expérience. Mais non Carde, c'est changé ça ! Ce qui compte, c'est d'être un bon pédagogue. Peu importe que l'enseignant en sache moins que son élève, à partir du moment ou c'est un bon pédagogue. ».

Alors la pédagogie c'est très important, mais enfin, la pédagogie c'est l'art de transmettre, encore faut-il avoir quelque chose à transmettre. Si on a rien à transmettre, je ne vois pas très bien, on peut être le plus grand pédagogue du monde, il n'y aura rien d'arrivé ! Mais pour eux, du moment ou on va lire dans les lignes et bien là, c'est la pédagogie. Non l'éducation est effroyable actuellement. Vous avez deux mondes différents dans l'équitation : Ce que l'on apprend, c'est incroyable de sottises, de primitivité, de stupidité. Mais ce n'est pas de la faute des enseignants les malheureux ! Ils veulent tous être enseignant d'équitation alors on leur met des personnes pour les former, mais ils y croient eux ! Mais ce n'est pas du tout de leur faute. Ce n'est pas du tout de la faute des enseignants mais ils ne savent rien. C'est atroce. Et alors, vous avez le milieu du saut d'obstacle, ou la plupart du temps, il y a des personnes qui viennent, des enfants d'éleveur ou d'ancien cavaliers de concours, de professionnels,.Alors eux qui sont travaillés différemment, mais ce n'est pas l'instruction que l'on délivre dans des clubs.

CW : Certaines personnes pensent qu'il y a beaucoup de personnes qui sortent avec un galop 7 des clubs et qui sont incapable de dresser un cheval, ils ne savent que monter les chevaux de club.

JO : On ne leur apprend rien !... Il y a 6-7 ans, j'ai fait une cassette qui s'appelait « l'exemple d'un bon cavalier », je ne dis rien de moi dans cette cassette, je me suis simplement amusé et j'ai pris le manuel, le galop 1à3. 6-7 etc. « Alors, comment faut-il monter, comment faut-il se tenir sur un cheval ? » et lorsqu'on regarde les grands cavaliers, ils font tout le contraire. Alors soit les grands cavaliers doivent retourner à l'école ou alors il y a comme un défaut !...
(Ca a fait du bruit d'ailleurs quand c'est sortit) mais ça n'a rien changé bien entendu.

CW : Qu'est ce qui peut faire changer à votre avis ?

JO : Peu de chose. Il y a les mains mises de groupe ou il y a beaucoup de questions d'intérêts, c'est très difficile. J'ai failli faire changer mais j'ai échoué.

CW : Vous avez beaucoup écrit don il y a beaucoup de cavaliers qui se sont inspirés de vos méthodes.

JO : Il y en a beaucoup, oui mais souvent qu'ils ne le disent pas. Je sent le souffre dans les officiels, donc il ne faut surtout pas dire « c'est pas bête ce que dit d'Orgeix ! » : Les officiels ne l'acceptent pas. Il y en a beaucoup qui le suivent oui et les cassettes marchent bien aussi.
Quand je montais en compétition à l'âge de 26-27 ans et je me souviens que d'Oriola me disait : « Qu'est ce que tu t'énerve, ils ne comprennent rien et bien tant mieux ! Plus ils montent mal et plus on gagne nous, alors laisse-les ! ». Il avait raison dans le fond, il avait du bon sens. Moi j'étais amoureux de l'art équestre ; un parcours bien monté pour moi c'est un bonheur : Je n'ai jamais regretté d'être battu dans une épreuve si la personne qui m'avait battu avait très bien monté. Au contraire, c'était merveilleux ! Alors là, ça a fait des polémiques terribles à ce moment là parce que je m'en prenait à l'école militaire, ils étaient très puissant à ce moment là : c'est d'ailleurs là ou l'équitation militaire a fait cela d'une façon terrible. Ensuite ça a gagné puisque l'on a confié au Cadre Noir de l'époque, on leur a confié l'instruction alors ça a continué etc. Quand j'étais entraîneur, cela a fait des polémiques folles en France ! Cela fait plus de cinquante ans que ça dure l'histoire, et bien ce qui est extraordinaire, JAMAIS on ne m'a dit ou écrit dans un article, dans un livre : « Je regrette mais d'Orgeix dit ça et ça mais c'est une stupidité pour telle et telle raison ». Jamais. Moi j'aimerais qu'on me dise : «  ça c'est mauvais » ! Je me trompe peut être, c'est possible, mais je voudrais au moins qu'on me dise : « Je conteste cela pour telle et telle raisons ». On ne m'a jamais répondu en 55 ans.

CW : Beaucoup de cavaliers de 13-14 ans veulent devenir cavaliers professionnels, quelles sont d'après vous les qualités d'un grand cavalier ?

JO : D'abord c'est la technique de base ; mais après il y a le sentiment.Qu'est ce qui fait qu'un joueur de tennis qui est meilleur que les autres ? Il y a un sentiment, un toucher de raquette, qui ne sont pas les même.

CW : Peut-on s'en apercevoir assez vite ? Vers 14-15 ans ?

JO : A 14-15 ans c'est un peu jeune mais enfin, on peut s'apercevoir qu'il a de la qualité mais après, comme dans tous les domaines, il faut de l'humilité, énormément d'humilité. Mais il faut savoir reconnaître ses erreurs. Il faut toujours se remettre en cause et jamais se laisser influencer par les défaites. Beaucoup de cavaliers perdent vite le moral ; Ils sont en pleine euphorie et à un moment, ça va moins bien mais c'est toujours comme ça. C'est là ou il faut avoir la force de caractère. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas chercher à analyser pourquoi on n'a pas gagné. Mais si l'analyse abouti à quelque chose, on va en tenir compte mais si elle n'abouti pas, il faut savoir continuer, remettre le pied dans la trace, recommencer et tout à coup, ça repart !

   
   

 

 


Page crée le 20/03/2007 Dernière modification effectuée le Samedi 4 septembre 2010




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