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![]() Loungta est sans doute le plus beau spectacle de la troupe depuis Chimère. On y trouve l'énergie, l'humour, la magie, la poésie qui habitent tous les spectacles de Bartabas. Avec, en prime, un équilibre parfait entre tous ces éléments. Et une étrange sensation de rêve éveillé qui vous prend au bout de quelques minutes et ne vous lâche plus jusqu'à la fin des représentations. Cette sensation, on la doit indubitablement aux chants et musiques des moines tibétains, « Ce sont des musiques qui te mettent dans un état de perception différent, confirme Bartabas, Ils sont toujours à la frontière du sacré et du profane. Là-bas, les rituels peuvent durer trois jours en continu. Ici, nous avons surtout veillé à ne pas essayer de formater les choses pour des oreilles occidentales. C'est un pari audacieux mais toutes les premières réactions indiquent que le premier moment de surprise passé, le spectateur est très vite entraîné dans leur univers. » Face à face, dans deux loges installées à même les gradins, deux groupes de moines chantent, font vibrer percussions et instruments à vent. Dès l'entrée, l'étrangeté de ces voix graves saisit le spectateur. Dans la pénombre, on cherche sa place, tandis que deux curieux personnages gesticulent, agitent leurs encensoirs en bordure de piste. Invitation à les suivre dans un autre monde, fait de mystère. Assis, on observe l'étrange coupole de tulle qui recouvre la majeure partie de la piste. Bientôt, celle-ci s'éclaire doucement, tourne sur elle-même. Par transparence, on découvre un personnage vêtu de blanc au milieu d'une douzaine de chevaux bruns et d'un unique cheval noir Apparition magique, tout en douceur. Et disparition tout aussi fluide, à tel point qu'on se demande si l'on a pas rêvé. Cette impression perdurera pendant toute la durée d'un spectacle qui nous emmène dans un autre monde, un autre espace, un autre temps. On y croise des cavaliers acrobates à masque de cadavre, debout sur la croupe de leurs chevaux, harnachés eux aussi comme des squelettes. On y entrevoit les apparitions de Bartabas, seul, au centre de la piste faisant réaliser à son cheval des figures aussi complexes qu'imperceptibles. Comme une danse lente, intérieure à laquelle nous avons le privilège d'assister. On frissonne aux acrobaties les plus folles. On rit aux pitreries
des uns et des autres. On suit avec incrédulité les
prestations d'un âne, aussi drôle qu'émouvant.
On est soufflé par la beauté et la drôlerie de
l'apparition d'un régiment d'oies derrière un cavalier
blanc. On est projeté au coeur du Tibet avec cet homme solitaire
et son cheval, sous la tente balayée par les vents. On est ébahi
par l'arrivée au galop d'autres chevaux porteurs de selles
brodées magnifiques . Jean-Marie Wynants.
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