A la rencontre d'Alice Debany Clero, la plus française des cavalières américaines...

 

Agée de 35 ans, jeune maman d’un petit garçon et de jumeaux garçon-fille, Alice Debany Clero est une cavalière qui court pour le drapeau américain. Pourtant, cette jeune femme ravissante vit en France depuis 6 ans. L’année dernière, elle a terminé 5ème du Grand Prix du C.S.I. de Paris avec son cheval Jumbo et compte bien mieux faire cette année. Elle nous éclaire sur sa vie et sur son parcours atypique.

Une question s’impose : pourquoi vivre en France lorsque l’on représente les couleurs de son pays, les Etats-Unis ?
Tout simplement parce que j’ai suivi mon “français de mari”. Nous nous sommes mariés il y a 8 ans, nous avons vécu 2 ans à New York, puis son travail nous a rapatrié à Paris. Mais j’en suis très heureuse, j’adore cette ville et je m’y sens réellement bien. De plus, j’ai une préférence pour les concours hippiques français.

Qu’ont-ils de différent avec ceux aux Etats-Unis ?
Il y a plusieurs raisons, mais la plus importante est le public. Aux Etats-Unis, il y a très peu de concours. Les organisateurs français ont le sens du spectacle, ils savent comment attirer les spectateurs et les faire vibrer jusqu’au bout. Le C.S.I. de Paris en est la preuve, c’est le concours où il y a le plus d’ambiance, de suspens, c’est extraordinaire. Jean Morel, (Directeur du concours) a une sensibilité particulière à ce niveau, il maîtrise parfaitement le show et on lui fait confiance chaque année pour passer un moment inoubliable.

Le C.S.I. de Paris est-il un concours que vous aimeriez gagner ?
Oui, c’est certain. Il fait partie des 4 meilleurs concours de l’année et possède un avantage sur les autres : il se passe à Paris ! Pour moi, cela veut dire que de nombreux visages me sont familiés dans le public. Tous mes amis viennent me soutenir et je ne veux pas les décevoir. Et puis il y a cette ambiance : le feu des projecteurs quand on rentre en piste, le bruit, les applaudissements, les encouragements et les sursauts de la foule à chaque fois qu’un obstacle semble difficile ou qu’une barre est effleurée... Tout est électrique, c’est un véritable show. Et tout cela fait considérablement monter l’adrénaline. Le public nous porte et on se dépasse pour lui.

Parlez-nous de votre cheval Jumbo, le verrons-nous en novembre ?
Je l’ai acheté début 2001 à la princesse Haya de Jordanie, mon élève à cette époque. Jumbo était assez délicat et elle ne s’est pas très bien entendu avec lui. C’est comme ça que je l’ai acquis. Cette année, je ne l’ai pas beaucoup sortit en début de saison, axant mon programme plutôt sur la fin. C’est donc avec lui que je viendrais au C.S.I., mais je veux avant tout m’assurer qu’il est en forme. Je l’ai mis au pré pour qu’il se repose et il est revenu il y a quelques jours. De toute façon, ma nouvelle vie de maman m’a obligé à faire passer sa carrière en second plan cette année.

Avez-vous d’ autres chevaux ?
Jumbo est secondé par C.E.O. C’est un cheval de 13 ans qui est le premier et le seul produit de la poulinière de ma mère ! Autant dire que j’ai eu de la chance parce que c’est un bon cheval. Il n’a pas le génie de Jumbo au niveau des Grands Prix, mais il est toujours classé, régulier. Je l’aime beaucoup.

Pourquoi avez-vous choisi cette profession ?
Par passion. Ma mère était cavalière professionnelle dans les années 50. Et puis, elle s’est arrêtée pour se consacrer à ses 10 enfants ! Je suis la 9ème et la seule qui ai repris le flambeau en tant que professionnelle. C’est d’ailleurs pour elle que je garde le nom de Debany, Clero étant celui de mon époux. Mais, si je suis devenue professionnelle, c’est surtout grâce à Paul Greenwood à qui je dois presque tout. Il a été mon entraîneur quand j’étais jeune et a remplacé un peu mon père décédé trop tôt. Il m’a payé l’université de New York (NYU- sociologie) pendant 5 ans tout en me coachant dans les concours hippiques le week-end. C’était 5 années très fatigantes, mais inoubliables. Il a eu une très grosse influence dans ma vie.

Est-ce difficile de vivre loin de sa famille et de ses racines ?
C’est vrai que je suis loin, mais je vais tous les ans dans la ferme familiale en Floride avec enfants et chevaux “sous le bras”. J’y reste les 4 mois d’hiver, de décembre à mars ; mon mari fait des allerretours. D’ailleurs, je pars juste après le C.S.I. de Paris. Là-bas j’ai
mes élèves, d’autres chevaux. Mon “business” est aux Etats-Unis, et non en France car j’ai quelques difficultés à cause de la langue. Je n’ai jamais pris de cours et en arrivant à Paris, je ne savais compter que jusqu’à 10… Ma mère vient de temps en temps. Elle a accompagné C.E.O en France quand je m’y suis installée. Elle l’a élevé et c’était dur pour elle de voir sa fille et son cheval partir… Du coup, elle a été ma groom (soigneur) pendant 8 mois !

Comment travaillez-vous vos chevaux ?
Avant la naissance de Madison et de Gregory (14 mois), je travaillais entre 5 et 7 chevaux par jour. Mais j’ai réduit à 3 pour le moment. Je n’ai pas d’entraîneur, j’aime travailler seule ou avec un élève, ce qui me motive davantage. Parfois, quand je retourne en Floride, je prends quelques leçons avec Katie Prudent (cavalière internationale).

Que pensez vous de la place des femmes dans le sport équestre de haut niveau ?

Dans le milieu du cheval en général, les femmes sont majoritaires. Mais dans le haut niveau, elles sont très rares. C’est très différent des Etats-Unis. Durant la Coupe du Monde en 1998 à Amsterdam, il y avait 38 hommes pour 2 femmes… Nous avons notre place et je n’ai pas eu de difficulté particulière à m’imposer dans ce milieu. Vous avez l’air d’une femme heureuse et épanouie… Je fais exactement tout ce que j’ai toujours voulu faire. Je jongle
entre ma vie de mère, d’épouse et de cavalière tout en étant soutenue par mon premier supporter : mon mari. C’est une excellente raison d’être heureuse.

       

 

 


Page crée le 20/03/2007 Dernière modification effectuée le Vendredi 10 février 2012




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