A la rencontre de Serge Houtman, chef de piste

 

Il est l’un des meilleurs chefs de piste dans le monde. C’est lui qui dessinera les parcours du prochain C.S.I. de Paris. Contrairement aux cavaliers et aux chevaux, il reste en coulisse et son travail est accompli avant les feux des projecteurs, mais c’est sur lui que repose le succès d’un concours. Nous sommes partis à la rencontre d’un personnage passionné qui nous parle de son métier peu commun.

En quoi consiste votre métier ?
Le chef de piste, c’est celui qui dessine le parcours auquel les couples cavaliers-chevaux devront se soumettre ; c’est-à-dire situer les différents obstacles les uns par rapport
aux autres dans un souci de technicité et d’esthétique pour assurer le côté sportif bien sûr, mais aussi le côté spectacle qui est de plus en plus important, surtout au C.S.I. de Paris.

Pour construire des parcours aussi techniques, faut-il avoir une certaine expérience en tant que cavalier ?
J’ai effectivement été cavalier professionnel de seconde catégorie pendant une dizaine d’années, mais les deux métiers n’ont rien à voir et il n’est pas essentiel de passer par cette étape. Certains grands chefs de piste ont très peu monté à cheval à l’image de Jean-François Morand ou Philippe Gayot. C’est un métier fait essentiellement d’observation où le sens du cheval peut s’acquérir à terre.

Quel a été votre parcours pour être un chef de piste si reconnu aujourd’hui ?
J’ai commencé en province tout d’abord, pour acquérir de l’expérience, sur les concours de petite catégorie. Puis j’ai appris aux côtés de chefs de piste déjà confirmés à qui l’on fait appel pour les grandes épreuves. J’ai ainsi travaillé avec Raymond Brousse de 1984 à 1986, puis j’ai été assistant de Philippe Gayot dans les années qui suivirent et notamment pour le C.S.I. de Paris. En 1990, j’étais titulaire du C.S.I. junior, et puis à la mort de mon maître d’apprentissage, j’ai repris le flambeau en 1991 pour le Grand Prix. C’était l’année d’un couple mythique, John Whitaker et Milton qui m’ont laissé un souvenir impérissable.

N’est-ce pas plus difficile de travailler pour le haut niveau ?
Non, pas plus difficile, mais il faut composer avec davantage de paramètres. En fait la principale différence, ce sont les cavaliers et les chevaux à qui l’on s’adresse. Ils sont l’élite de leur catégorie ce qui rehausse le niveau des épreuves et celui de la piste. Les barres montent et les difficultés techniques sont plus nombreuses ou plus subtiles. Le C.S.I. de Paris est un concours en Indoor, ce qui signifie que le terrain de concours est plus petit qu’en extérieur. Malgré le fait que la piste de Paris soit assez grande (35m x 70m), elle impose tout de même le rapprochement des obstacles. De plus, le
concours est filmé entièrement et je dois donc composer les parcours en tenant compte des contraintes télévisuelles. Pour moi, ce sport est un véritable spectacle, et je travaille souvent avec les producteurs et réalisateurs pour le positionnement des caméras en fonction des obstacles. Lors de la préparation du Championnat d’Europe de saut d’obstacles à Donaueschingen (All), J-M Bonneau et son équipe ont visualisé plusieurs concours dessinés par le chef de piste allemand afin de se familiariser avec ses parcours.

Les chefs de piste ont-il chacun leur griffe ?
Chacun a plus ou moins sa manière d’aborder le C.S.O.. Pour ma part, j’affectionne les parcours classiques. C’est-à-dire que je m’adapte au niveau des cavaliers. J’aime leur poser des problèmes, en leur offrant plusieurs solutions. Libre à eux ensuite de choisir telle ou telle option en fonction des capacités physiques de leur cheval.

De plus, je diversifie. Certains chevaux font de grandes foulées, d’autres sont plus à l’aise dans des foulées plus courtes. Je construis mon parcours de façon à ce qu’à certains moments, il y ait avantage pour les uns ou difficulté pour les autres, de manière équitable. Je n’aime pas piéger les chevaux et je ne triche pas dans les combinaisons. Je préfère m’occuper du cavalier et lui donner des difficultés à résoudre. Les meilleurs d’entre eux sont ceux qui auront le plus de réflexe, d’astuce, qui choisiront les meilleures options et qui obtiendront de leur monture une obéissance instantanée. Tout est dans la douceur, la légèreté, le dressage. Je ne leur offre pas un parcours de force mais d’adresse. De manière générale, cela correspond bien à la philosophie des chefs de
piste français.

Comment préparez-vous vos parcours ? Avez-vous déjà pensé à celui du C.S.I. de Paris en novembre ?
À vrai dire, non. Je note des idées de temps en temps, mais je ne m’en occupe vraiment qu’un mois à l’avance. Parfois, je mets 5 minutes à le faire, parfois 10 jours… Cela dépend de mon inspiration.

Vous exercez un métier d’artiste…
Oui, mais je ne dessine pas. J’ai conçu un logiciel que j’utilise à titre personnel qui me permet de créer mes parcours. J’ai la possibilité de revoir ceux que j’ai fait les années précédentes et ainsi de me diversifier.

Décidez-vous de l’esthétique des obstacles ? Y a-t-il une particularité cette année ?
Dans la conception du parcours, j’intègre bien évidemment ce paramètre important. Ainsi je préfère jouer sur la couleur des barres, plutôt que sur leur hauteur. Je prends donc la décision avec le Directeur du C.S.I., Jean Morel. Pour cette année, il est prévu de fabriquer des obstacles aux couleurs de Paris. C’est-à dire de faire des chandeliers en forme de Tour Eiffel, de vieux
kiosques à journaux parisiens, de Moulin Rouge ou de bouche de métro… Ce sera très attractif pour le public. C’est aussi une façon de signifier instantanément que ce C.S.I. 4 étoiles se passe à Paris et nulle par ailleurs !

       

 

 


Page crée le 20/03/2007 Dernière modification effectuée le Vendredi 10 février 2012




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